Une grosse clé a été offerte ce matin à Daniel Hofmann. La coopérative de sept entrepreneurs dont il est le président est devenue aujourd'hui propriétaire des locaux qu'ils occupent dans la zone industrielle de Praille-Acacias, à Carouge. Remise en personne par Carlo Lamprecht, conseiller d'Etat, et par Philippe Moeschinger, directeur de la Fondation pour les terrains industriels de Genève (FTI), cette clé permettra aux artisans de maintenir 70 emplois.

Tout commence en 1998. Le propriétaire des terrains décide de vendre. Très vite, les artisans réalisent qu'ils ne pourront pas supporter la charge financière de l'acquisition des locaux. C'est alors qu'intervient la FTI. La fondation privée met à la disposition de la coopérative 4000 mètres carrés de locaux rachetés à l'entreprise Zschokke par le canton de Genève, pour une somme de 1,5 million de francs. En leur garantissant la stabilité des loyers. Résultat: les artisans deviennent propriétaires des bâtiments et les sols restent en possession de l'Etat de Genève. «Par cette opération, la FTI montre qu'elle ne se contente pas de faciliter l'implantation de grandes entreprises à Genève, mais qu'elle a aussi à cœur de soutenir les artisans locaux», explique Philippe Moeschinger. Pour Carlo Lamprecht, «à l'avenir, nous devrons trouver de nouveaux terrains industriels, fort générateurs d'emplois».

Dans ce microcosme, les relations entre artisans sont complémentaires: «Quand j'ai un problème de ferblanterie, je téléphone à Jean-Pierre. Si c'est une machine, j'appelle Bruno. Antoine est aux charpentes, Pierre-Yves et Pascal au carrelage.» Et conviviales: «Quand on mange ensemble, on parle de nos affaires.» Ils s'échangent les bonnes recettes du management. «On discute de travail et de la manière de gérer les clients», racontent Pascal et Pierre-Yves Stoppa, deux frères carreleurs. Travailler ensemble sur un chantier redouble l'efficacité. «Lorsqu'il y a de l'attente, ou que le temps est défavorable, on échange des ouvriers, et on fait un décompte d'heures», raconte Antoine Cathrein, charpentier. Avec le couvreur, il partage un secrétariat et un comptable: «Cela nous apporte beaucoup et ne nous empêche pas d'avoir deux sociétés et des clientèles distinctes.» Les entrepreneurs de la rue Baylon sont des artisans d'un nouveau type, comme aime à le dire Jean-Pierre Decorzent, maître couvreur: «La connaissance des autres et l'amitié font vivre notre entreprise.»