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Blerim Dzemaili, d'origine macédonienne, félicite Granit Xhaka, d'origine albanaise, pour son but contre la Serbie lors de la Coupe du monde.
© AP Photo/Victor Caivano

Sport

Priver de formation les footballeurs binationaux, l’idée qui choque

«Voulons-nous des binationaux?» La question posée par le secrétaire général de l’ASF Alex Miescher vendredi dans le «Tages-Anzeiger» suscite une avalanche de réactions

De retour de Russie, Alex Miescher, secrétaire général de l’Association suisse de football (ASF), estime dans le Tages-Anzeiger de vendredi que «les événements avec les binationaux ont montré qu’il y a une problématique», en référence à l’aigle bicéphale mimé par Shaqiri et Xhaka (mais aussi Stephan Lichtsteiner, le capitaine 100% Suisse) durant le match de Coupe du monde face à la Serbie.

Pour Alex Miescher, également élu PDC dans sa commune de Biberist (SO), la solution serait d’«ouvrir les portes du programme de formation seulement aux jeunes joueurs qui renoncent à leur double nationalité». Désirant susciter le débat, il affirme que l’«on doit se poser la question: voulons-nous des binationaux?»

Lire aussi: La Suisse, championne des binationaux

Avalanche de réactions

Le débat avait déchaîné les passions en France il y a deux ans. Il fait de même depuis vendredi matin en Suisse. Sur les réseaux, les propos d’Alex Miescher ont beaucoup fait réagir, notamment chez les commentateurs sportifs de la RTS. Massimo Lorenzi, chef du service des sports, estime le propos «maladroit, choquant». Selon lui, il «nie la réalité de notre pays, la richesse du métissage et de la multiculturalité». David Lemos se dit quant à lui «sous le choc». Certains internautes réclament déjà la démission du secrétaire général de l’ASF.

Abandonner une nationalité pour le football, c’est n’importe quoi

Nestor Subiat, ancien international suisse et détenteur des passeports français et argentin

Nestor Subiat, international suisse ayant participé à la campagne américaine de 1994 (qui s’est elle aussi achevée au stade des huitièmes de finale) et également détenteur des passeports français et argentin, n’aurait pour rien au monde laissé tomber ses autres nationalités pour jouer sous le maillot rouge: «Abandonner une nationalité pour le football, c’est n’importe quoi. La nationalité est plus importante que le football, quand même. Entendre ce genre de choses me peine.»

«Le débat doit être ouvert»

Dans le milieu politique, la question divise. Céline Amaudruz, conseillère nationale, avait demandé l’abandon de la nationalité française de Pierre Maudet s’il venait à être élu au Conseil fédéral. Interrogée sur une telle mesure pour les footballeurs, elle estime qu’«il ne faut pas tout mélanger. Les footballeurs ne postulent pas au Conseil fédéral. Cependant, les signes politiques n’ont pas leur place sur un terrain de football et l’on doit s’identifier à l’équipe dont on porte le maillot. Si la solution doit passer par la mesure proposée par M. Miescher, il faut la prendre. Le débat doit en tout cas être ouvert.»

De l’autre côté de l’échiquier politique, Ada Marra, conseillère nationale PS, offre une autre analyse: «On a de nouveau affaire à un procès en «suissitude», il faut enterrer ce faux débat. Tant que les lois autorisent à détenir plusieurs passeports, il faut laisser les gens avoir plusieurs passeports. Ces questions identitaires agitent beaucoup nos concitoyens outre-Sarine. J’ai envie de leur dire: «Détendez-vous.» En Suisse romande, on est beaucoup plus tranquilles.»

Timing inopportun

Didier Soster, responsable de la formation des juniors à l’Association cantonale vaudoise de football (ACVF), défend la présence des binationaux: «La grande majorité des enfants qui jouent au football sont d’origine étrangère. Tous les passionnés de foot savent que sans ces joueurs, on n’a aucune chance.»

Au-delà du débat identitaire, il est interpellé par le timing de la déclaration, le débat de la formation n’ayant pas de rapport avec les récents gestes politiques des joueurs binationaux. «Je ne comprends pas. Ce sont deux sujets totalement différents», estime-t-il.

Le problème de la formation

La problématique de la formation est en effet latente depuis plusieurs années. Depuis 2004, la FIFA autorise les joueurs binationaux formés dans un pays de jouer dans un autre. C’est alors le pays dans lequel se fait la première sélection après 21 ans qui garde de manière définitive le joueur. Ainsi, des joueurs comme Rakitic ont pu bénéficier de la coûteuse formation suisse avant de jouer pour un autre pays – le joueur du FC Barcelone évolue désormais sous le maillot croate.

Cependant, la légalité de la mesure proposée par Alex Miescher pose question. «Cela violerait pas mal de principes fondamentaux, notamment dans le cadre de la Convention européenne des droits de l’homme», estime Philippe Rossy, avocat spécialiste en droit du sport. Le juriste Nicolas Rochat confirme: «S’il y a un refus d’inscription, l’ASF pourrait être attaquée au civil.»

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