Transports publics

Le prix du bus enflamme à nouveau Genève

Les Genevois voteront le 21 mai sur une légère hausse des tarifs des transports publics. La gauche s’y refuse avec détermination, malgré la menace qui plane sur les prestations

Ce qui est bon marché est encore trop cher. C’est le credo de la gauche genevoise, qui ne veut pas d’une légère augmentation du tarif de ses transports publics, pourtant les moins chers de Suisse. Elle appelle le peuple à accepter son référendum le 21 mai contre la décision du Grand Conseil. Jeudi, Ensemble à gauche (EàG), le parti socialiste, des syndicats et des associations présentaient à la presse les raisons de s’opposer à cette adaptation.

Laquelle est? De 20 centimes pour le billet simple, de 4 francs pour l’abonnement mensuel junior et senior, et de 50 francs pour l’abonnement annuel adulte, qui passerait à 550 francs. Or, celui-ci avait baissé de 200 francs il y a trois ans, suite à l’acceptation de l’initiative populaire Avivo «Stop aux hausses des tarifs des transports publics». Ce qui place Genève loin derrière les autres villes suisses, puisque l’abonnement coûte à Lausanne 740 francs, à Bâle 800 francs, à Berne 790 francs et à Zürich 782 francs. A l’aune du porte-monnaie, les Genevois devraient donc être des fanatiques du tram. Il n’en est rien, preuve en sont les célèbres bouchons de la République que les villes alémaniques ne connaissent pas. Mais pour les référendaires, le désamour pour les TPG s’explique par le démantèlement de l’offre.

Une fois de plus, Genève s’est démarquée

Sur ce dernier point, ils n’ont pas tort, puisque l’offre s’est réduite d’environ 5% entre 2014 et 2016, alors qu’elle avait augmenté de 100% entre 2003 et 2013. C’est que la politique du low cost, qui promettait d’attirer de nouveaux clients, n’a pas produit les effets escomptés. Bien au contraire, puisque le manque à gagner des TPG a atteint 10 millions de francs. Une acceptation du référendum promet pire: «Les TPG renonceraient à 8,3 millions d’entrées supplémentaires auxquelles s’ajouteront la perte probable d’une subvention de 5 millions ainsi qu’une amende de la Confédération de 5 millions», calcule Mathias Buschbeck, député vert au Grand Conseil. Berne a en effet imposé une augmentation tarifaire des transports publics d’au moins 3% pour l’ensemble de la Suisse avec pénalité pour les cantons récalcitrants. Une fois de plus, Genève s’est démarqué des autres en ne s’exécutant pas. Les Verts et le PLR avaient pourtant élaboré un compromis qui avait fâché la gauche et le MCG, d’où ce référendum.

«Pénalité pour les jeunes et les salariés»

Les arguments de ses partisans? D’abord, cette hausse serait une manière de trahir la volonté populaire: «Les Genevois se sont prononcés à deux reprises en faveur de la baisse des tarifs» rappelle Pierre Vanek, député d’Ensemble à gauche. Ensuite, «parce qu’elle pénaliserait les jeunes et les salariés, alors que le Conseil d’Etat impose l’austérité et qu’il enjoint les TPG à 5% d’économies», estime Davide De Filippo, du syndicat SIT. Lequel brandit pour l’occasion un nouveau concept, «les inégalités sociospatiales». Comprendre le cloisonnement à son quartier en cas de hausse des tarifs. Soit dit en passant, aucun syndicat actif aux TPG ne soutient ce référendum. «Ils savent que leurs affiliés en payeront le prix», s’exclame Mathias Buschbeck.

Les référendaires, eux, rêvent à d’autres pistes de financement. Outre une subvention étatique, Pierre Vanek évoque une contribution des patrons à un fonds pour les transports publics, qui figurait dans le paquet de RIE III. Caroline Marti, socialiste, vise les propriétaires, avec une réévaluation fiscale des biens immobiliers. Finalement, l’un lance: «On devrait être payé pour prendre le bus!» Une boutade, bien sûr. Mais le référendum, lui, est sérieux.

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