Santé

Les prix des médicaments anticancéreux explosent

L’Office fédéral de la santé doit faire face à une forte hausse de demandes de l’industrie pharmaceutique pour des thérapies combinées dont le prix dépasse de plus en plus souvent les 100 000 francs par an

Alors que quelques signaux passaient au vert ces derniers temps dans le domaine des coûts de la santé dont la croissance ralentit, l’évolution dans le secteur des médicaments devient préoccupante, voire alarmante. Ceux qui se réjouissaient du fait que le ministre Alain Berset ait décroché 350 millions d’économies pour ces deux dernières années doivent déchanter. En trois ans, le coût des médicaments a augmenté de près de 100 francs, passant à 814 francs par habitant et par an, soit une hausse de 13%.

L’explication du phénomène est vite établie: «Nous assistons surtout à une explosion des coûts dans l’oncologie», explique Jörg Indermitte, responsable de la section de l’admission des médicaments à l’Office fédéral de la santé (OFSP). Dans la lutte contre le cancer, les demandes pour de nouvelles thérapies combinées – addition de deux médicaments – se multiplient. Se basant sur des sources de la pharma, l’OFSP en attend quelque 150 l’an prochain, dont plus de 50 pour le seul groupe Roche. Il n’est désormais plus si rare que le traitement d’un patient dépasse les 100 000 francs par an.

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Le jeu de dupes des «prix vitrine»

En principe, l’OFSP dispose de soixante jours pour donner son feu vert à un nouveau médicament et l’intégrer à sa liste des médicaments, qui en recense 3000. Celui-ci doit répondre à trois critères, selon la loi sur l’assurance maladie (LAMal): l’efficacité, l’adéquation et surtout l’économicité, qui se fait sur une double comparaison des prix à l’étranger et des effets thérapeutiques. En 2016, cette durée de deux mois a été respectée dans 80% des cas. Mais ce taux est désormais inférieur, tant les coûts ont augmenté et tant les procédures sont devenues plus complexes. C’est dire à quel point les relations se sont tendues entre l’OFSP et l’industrie pharmaceutique, qui n’arrivent plus à s’entendre sur un tiers des demandes.

Dans l’opacité la plus complète, loin des faisceaux médiatiques, se déroule un terrible bras de fer dont on ne soupçonnait pas l’intensité. Jusqu’au jour où l’émission de la TV alémanique Rundschau a révélé les détails de féroces négociations sur le prix du paquet de Perjeta, un médicament prescrit contre le cancer du sein. Roche le propose à 4000 francs, mais l’OFSP ne l’accepte que pour la moitié de ce prix. Devant cette impasse, le groupe bâlois esquisse alors le modèle inédit du «prix vitrine». Il propose à Berne de maintenir son prix initial, tout en en remboursant la moitié aux assurances. Cela permet à Roche d’avoir une meilleure base de négociation à l’étranger. L’OFSP cédera en grande partie.

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Pas de collaboration internationale

En l’absence de transparence, les entreprises pharmaceutiques, dont on estime les marges à quelque 20%, tiennent le couteau par le manche. Face à elle, l’administration doit se débrouiller avec une vingtaine de collaborateurs, répartis en trois sections. La première doit réexaminer tous les trois ans le prix des médicaments, la deuxième traite les nouvelles demandes, tandis que la troisième règle les problèmes juridiques. Le vice-directeur de l’OFSP, Thomas Christen, espère bien pouvoir étoffer ses effectifs. S’il ne nie pas les «grands défis» qu’il doit relever, il ne se résigne pas: «Notre marge de manœuvre est certes limitée, mais nous gardons un certain pouvoir. D’une part, nous avons arraché 350 millions d’économies sur les médicaments et, d’autre part, nous nous battons: 60 procédures sont en suspens au Tribunal administratif fédéral», souligne-t-il.

Le combat de l’OFSP serait plus facile si tous les offices européens de santé publique tentaient de collaborer. Mais ils ne le font pas. Lors d’une conférence internationale de l’OCDE à Copenhague, un intervenant a voulu en avoir le cœur net: «Quels pays seraient-ils prêts à un exercice de transparence?» a-t-il demandé. Seul le représentant suisse a levé la main. L’OFSP publie en effet les rabais concédés par les entreprises pharmaceutiques sur son site internet. Dans les autres pays, on a le sentiment de mieux s’en tirer en négociant dans la discrétion avec les pharmas, lesquelles ne demandent probablement pas mieux.

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