Le prix des médicaments reste sensiblement plus élevé en Suisse que dans neuf pays en Europe: 52% pour les génériques, 17% pour les produits originaux tombés dans le domaine public et 9% pour les médicaments encore brevetés. C’est ce qui ressort d’une comparaison effectuée sous l’égide de l’association faîtière des assureurs, Santésuisse, et celle de l’industrie pharmaceutique, Interpharma. La bonne surprise? Pour la première fois, la pharma se dit prête à entrer en matière sur le système d’un prix de référence. Cela permettrait d’économiser 400 millions de francs par année, c’est-à-dire de réduire la prime de chaque assuré de 1,6%, soit 60 francs par an.

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C’est une petite bombe qu’a lâchée le directeur d’Interpharma, René Buholzer, surprenant même Verena Nold, qui était pourtant assise à côté de lui en conférence de presse. Les médicaments restent chers en Suisse, même si, il faut aussi le reconnaître, ils sont le seul secteur de la santé à afficher une baisse de prix, soit 40% sur ces vingt dernières années. Le délégué à la surveillance des prix, Stefan Meierhans, en a ainsi fait l’un de ses principaux chevaux de bataille: il se bat depuis des lustres pour l’introduction d’un prix de référence.

Un tel système permettrait à l’assurance obligatoire de ne rembourser qu’un montant fixe pour la même combinaison de substances actives. Ce montant doit être calculé sur la base du générique le meilleur marché, en tenant compte cependant d’une faible marge de tolérance.

Le prix de référence s’impose en Europe

Si l’on sait que Santésuisse est en faveur d’un tel système, en revanche l’industrie pharmaceutique s’y était jusqu’à présent toujours opposée. Or, le vent a semble-t-il tourné. «Nous sommes d’accord d’entrer en matière, mais à plusieurs conditions seulement», déclare René Buholzer. D’abord, c’est le médecin – et non les caisses – qui décide du médicament prescrit, cela dans l’intérêt de son patient. Ensuite, il faut que les substances du médicament soient comparables et que la sécurité de l’approvisionnement soit assurée. Enfin, il faut éviter que le malade chronique ne doive changer de traitement en cours de thérapie. Dans la foulée, René Buholzer cite une autre ligne rouge: «Nous ne pourrions pas accepter que le parlement veuille réduire la durée d’un brevet.»

Malgré toutes ces conditions, la soudaine ouverture d’Interpharma au système du prix de référence a étonné le monde de la santé. «C’est la première fois que j’entends cette volonté d’entrer en matière», confie Verena Nold, directrice de Santésuisse. Depuis plusieurs années, cette association faîtière appuie l’introduction d’un tel système pour les génériques, qui ne représentent qu’un petit quart de la consommation de médicaments en Suisse, alors que ce taux atteint 80% en Allemagne. Elle salue le changement d’attitude d’Interpharma. «Cette industrie se rend compte qu’elle ne peut jouer sur deux tableaux, soit d’une part développer des médicaments contre le cancer qui coûtent entre 100 000 et 500 000 francs par an par traitement, et d’autre part maintenir des prix élevés pour les génériques», note Verena Nold.

Prise de conscience

«Enfin!» s’exclame pour sa part le préposé à la surveillance des prix, Stefan Meierhans. Partout en Europe, le système du prix de référence est en passe de s’imposer. En Suisse, en revanche, il suscite toujours une farouche résistance, non seulement chez les producteurs comme Mepha et Sandoz, mais aussi chez une grande partie des médecins et des pharmaciens. «Mais le changement au prix de référence est inévitable», affirme-t-il. Le contexte a en effet évolué. «Chez les acteurs de la santé comme dans le monde politique et au sein de la population, je note une prise de conscience que la hausse continuelle des coûts de la santé finira par faire exploser le système», relève encore Stefan Meierhans.

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Celui-ci regrette toutefois le retard qu’a pris ce dossier. En juin 2014 déjà, le Conseil fédéral a chargé le Département fédéral de l’intérieur (DFI) – celui d’Alain Berset – de mettre en place un tel système de prix. Quatre ans plus tard, rien n’a encore bougé. «Le travail préparatoire a été plus complexe que prévu, puis retardé par un arrêt du Tribunal fédéral de 2015 sur les règles applicables au réexamen des médicaments», se justifie l’Office fédéral de la santé publique. Quoi qu’il en soit, le prix de référence figurera dans le premier paquet de mesures adoptées par le Conseil fédéral pour maîtriser les coûts de la santé. Mais il n’est pas prévu que le gouvernement envoie son message au parlement avant cet automne.