On veut espérer, pour le bien du Parti socialiste, que le changement de génération et la nouvelle orientation politique que souhaite incarner son nouveau duo de coprésidents ne se résument pas à poser en tennis blanches pour les magazines. Ce qui semble avoir focalisé l’attention des très bourgeoises NZZ et NZZ am Sonntag (Turnschuh-Sozialismus).

Mattea Meyer et Cédric Wermuth n’étaient pas encore nés que le dernier «rocker» de la politique, Joschka Fischer, prêtait déjà serment de ministre de l’Environnement du land de Hesse en jeans et baskets Nike. C’était en 1985. Dans le goût pour la mise en scène, les Grünen auront eu deux générations d’avance.

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Rien ne pouvait mieux marquer la projection de la social-démocratie suisse dans une nouvelle ère que la coïncidence de l’élection de la direction du PS, coulée au même moule universitaire, avec la disparition de l’ancien instituteur et conseiller fédéral René Felber. L’homme qui avait fait de l’Europe le cœur de son action. Mais qui ne s’était vraiment jamais remis de son échec à faire entrer la Suisse dans l’Espace économique européen. Vingt-huit ans après René Felber, le PS se pince le nez en parlant d’Europe. Nouvelles générations, nouvelles urgences. Il lui faut se positionner comme le parti de la justice climatique et concilier politiques écologique et sociale.

Faut-il attendre de la nouvelle direction, issue des Jusos et radicalement plus à gauche, un virage idéologique? Sur les questions de société, l’égalité des chances et des droits, la reconnaissance des minorités LGBT, la protection juridique des migrants, le discours sera plus radical. Mais pas de révolution dans la politique sociale et économique. D’une part, parce que le PS suisse est déjà, aujourd’hui, le parti social-démocrate européen le plus à gauche, son aile libérale et les euroturbos ayant été depuis longtemps marginalisés.

La question sociale s’efface

D’autre part, parce qu’un parti en perte de vitesse ne peut cumuler les échecs. Ses électeurs attendent des réponses et des résultats pour assurer l’existence de la sécurité sociale, celle des retraites, pour réformer en profondeur un système de santé menacé d’implosion. Le PS ne pourra longtemps faire capoter les réformes de son ministre Alain Berset. Les promesses de développer une «société du care», qui s’oriente vers les besoins des gens et vers les profits, dépendront de la capacité de la direction à passer des compromis avec le centre droit.

La critique de la course au profit des multinationales ou des patrons profiteurs du chômage partiel ne constitue toutefois pas encore une politique sociale. On n’a rien entendu sur le sort des temporaires et femmes de ménage, sur le salaire des caissières et vendeuses, sur les conditions de travail des aides-soignantes dans les EMS, sur les précarisés de l’ubérisation du travail, sur les suppressions d’emplois annoncées dans l’industrie: ce sera la grande déception du discours du duo présidentiel.

Dans le parti de la classe moyenne, la question sociale, qui constituait sa raison d’être au siècle dernier, s’efface devant les questions de société. Le PS semble vouloir ressembler à ce que l’ancien président des Grünen, Reinhard Bütikofer, appelait un «Orientierungs –, Bewegungs- und Dialogpartei» (un parti d’orientation, de mouvement et de dialogue). Un mouvement individualiste dans lequel les défavorisés ne se reconnaissent plus. C’est le prix du pouvoir.

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