Les eaux du Rhône sont très troubles en ce moment. Elles se chargent chaque jour du limon qui est rejeté dans son cours. A la suite des intempéries d'octobre dernier, le lit majeur du Rhône valaisan a été couvert d'une importante couche de limon fin, de 10 à 50 centimètres selon les endroits. Actuellement, plusieurs communes riveraines, dans le Valais central, entreprennent d'importantes opérations de nettoyage.

Celles-ci font bondir l'association Pro Natura, qui parle dans un communiqué d'un «massacre sur les berges du Rhône»: «Les travaux en cours pèchent par leur schématisme et leurs excès, note le responsable du dossier, Thierry Largey. Les arbres sont coupés, y compris dans la bande de végétation à conserver. Le décapage des limons laisse une rive rectiligne et plate comme un billard. Le Rhône ainsi dénudé ressemble à un aérodrome.» Sans les avions, heureusement. L'association écologiste déplore le fait que ces endroits sont propices à la vie du castor et à celle de nombreux oiseaux.

La problématique est toutefois plus complexe. Le chef du Service des routes et des cours d'eau, Albert Fournier, est conscient du problème, et il admet que le spectacle des rives après les travaux n'est pas toujours heureux. «Mais, explique-t-il, avec les dernières intempéries, une grande quantité de limon s'est accumulée sur le lit majeur, et, si on la laisse en l'état, cela peut avoir une conséquence de 10 à 20 centimètres sur le niveau du fleuve en cas de nouvelles crues. Il y en a une telle quantité, que les communes qui sont responsables des chantiers, sont obligées d'utiliser de grandes machines pour faire le travail. La situation ne permet pas de faire un ouvrage de jardinier, ce d'autant que des eaux plus importantes sont déjà attendues pour la mi-mars.»

«Promesses non tenues»

Pro Natura regrette toutefois que des promesses faites en 1998 pour un traitement plus doux des berges ne soient pas tenues. L'association estime que ce sont d'abord les entreprises chargées d'effectuer les travaux, qui n'ont pas forcément la main verte, qui sont responsables de ce «décapage» exagéré. Elle demande ainsi un meilleur contrôle de l'Etat, qui subventionne les travaux à hauteur de 70%, et sans doute davantage avec la participation de la Confédération à la suite des intempéries. «Pro Natura, qui mène une campagne nationale en faveur des cours d'eau avec le castor pour emblème, souhaite désormais de réels progrès dans les pratiques d'entretien ainsi qu'une meilleure coordination et communication entre l'Etat et les personnes qui agissent sur le terrain», conclut Thierry Largey.