Mobilité

Pro Velo contre le casque obligatoire pour les enfants

Le Bureau de prévention des accidents (BPA) veut rendre obligatoire le port du casque pour les cyclistes jusqu’à 14 ans. Le lobby des cyclistes est fermement opposé à cette obligation, une position qui surprend. Explications

Un enfant sur quatre ne porte pas de casque à vélo. Sur la base de ce constat, qu’il tire de son relevé 2019, le Bureau de prévention des accidents (BPA) souhaite rendre obligatoire le port du casque jusqu’à 14 ans. Ce serait à ses yeux la seule façon de renforcer la sécurité des enfants en les protégeant tous, même ceux dont les parents ne sont pas sensibilisés aux risques. Mais cette proposition vient d’être attaquée: l’association faîtière de défense des intérêts des cyclistes, Pro Velo, s’oppose à toute obligation.

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Aux parents de décider

La position du lobby des cyclistes peut surprendre. Ne tient-il pas à l’intégrité physique de ses membres, alors que les accidents dont sont victimes les deux-roues sont nombreux? En réponse à cette question, Pro Velo met d’abord en avant la responsabilité parentale, avec laquelle il ne faudrait pas interférer. «Mes enfants ont toujours porté un casque lorsqu’ils faisaient du vélo, une obligation n’est pas nécessaire», réagit le conseiller national Matthias Aebischer (PS/BE), président de Pro Velo Suisse. Vu que 75% des enfants portent déjà un casque, Pro Velo ne pense pas qu’une obligation en augmenterait leur nombre.

D’autres arguments sont mis en avant par le président de Pro Velo. Le port obligatoire du casque aurait pour effet de décourager nombre de personnes d’utiliser la bicyclette. Or l’association a pour objectif d’augmenter le pourcentage de cyclistes en Suisse, un projet qui ne pourra pas se réaliser «si l’on fait peur à de futurs usagers». Faire du vélo doit donc être «le plus simple possible», ajoute Matthias Aebischer, pour qui «il est prouvé que plus le nombre de cyclistes est élevé, plus il y a d’infrastructures pour eux, et plus ils sont en sécurité dans le trafic».

«Pas irresponsable»

«Porter un casque de vélo ne permet pas d’éviter un accident, même si nous ne doutons pas qu’il soit préférable d’en porter un quand cela se produit. Mais il n’y a pas que des effets positifs, ajoute le président de Pro Velo. Des études montrent que les voitures vont dépasser les cyclistes sans casque avec plus de prudence et de distance». Sur son site, dans une prise de position datant de 2010, l’association exige des autorités «des preuves objectives et étayées de l’efficacité du casque» et met également en garde sur des risques de blessures ou d’étranglement causés par le casque.

Pro Velo pointe aussi du doigt le jugement «moralisateur» sur les cyclistes qui ne portent pas de casque. «Il ne peut être considéré comme irresponsable ou répréhensible de circuler quotidiennement sans casque dans le trafic», souligne Matthias Aebischer, qui précise d’ailleurs ne pas toujours en porter: «Si je fais du vélo de montagne, je vais me protéger la tête, car c’est dangereux, mais si je fais 300 mètres en ville pour aller chercher une glace, non, je ne porte pas de casque.»

Une protection assurée

Qu’en pensent les médecins? Au CHUV, le professeur Pierre-Yves Zambelli est catégorique: «Il faut toujours porter un casque.» Sans réclamer forcément une obligation, le chef du Service de chirurgie de l’enfant et de l’adolescent (SCEA) souligne l’importance de se protéger: «Avoir un casque sera toujours mieux que de ne pas en porter, aucune discussion n’est possible à ce sujet.» Ce dernier se dit très étonné par la prise de position de Pro Velo et de l’argument selon lequel les voitures feraient plus attention aux cyclistes sans casque. Pour Pierre-Yves Zambelli, «cela donne l’impression que Pro Velo lutte contre le port du casque, ce qui est vraiment dangereux et contre-productif venant d’une association de défense des cyclistes».

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«Le port du casque doit être systématique», ajoute le professeur, car «une chute peut arriver à 10 mètres de chez vous». La vitesse étant très élevée sur un vélo, il rappelle qu’un enfant qui chute sur la tête recevra «un choc 25 fois plus fort que si un marteau lui tombait sur le crâne. Beaucoup de cyclistes accidentés peuvent en témoigner: sans casque, ils ne seraient plus de ce monde.»

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