Le nounours en peluche ensanglanté transpercé d’une balle a désormais des adversaires. Les opposants à l’initiative sur les armes, qui exige notamment le dépôt du fusil militaire à l’arsenal pour réduire le nombre d’homicides et de suicides, entrent dans la danse. A commencer par l’UDC, dont les affiches qui ornent les gares mettent une nouvelle fois en scène un criminel étranger.

L’affiche en question montre un homme à l’apparence mafieuse, lunettes noires, moustache et cigarette dans la bouche, légèrement basané, qui brandit un pistolet. Avec le texte: «Monopole des armes pour les criminels? Non à l’initiative contre les armes». «Avec ce projet, seuls les délinquants, qui s’asseyent sur les lois, pourront être armés et plus les honnêtes gens: voilà le message que nous voulons faire passer», commente Yvan Perrin, vice-président de l’UDC.

L’initiative, soutenue par près de 70 organisations, le PS et les Verts, ne demande pas uniquement que les fusils militaires désertent les foyers; elle exige aussi la création d’un registre central des armes à feu, préconise le retrait de la circulation de celles qui sont superflues et un durcissement des conditions pour en détenir légalement.

Yvan Perrin confirme que son parti a bien cherché à représenter un étranger: «Car les statistiques sont claires: les auteurs de délits violents, comme les brigandages, sont en majorité des gens venus d’ailleurs. Et ce n’est pas nous qui le disons.» Une fois de plus, le parti, profitant de sa dernière victoire en votation, mélange donc deux messages dans sa propagande de campagne: non à l’initiative sur les armes, et non aux étrangers criminels. L’affiche sur le renvoi avec «Ivan S., violeur et bientôt Suisse?» faisait, elle, l’amalgame avec le thème des naturalisations, dont l’UDC veut durcir les conditions d’acquisition.

«Cette affiche émane en fait d’un comité indépendant dirigé par le conseiller national Ulrich Schlüer et pas directement du parti. Comme c’était déjà le cas pour la campagne sur l’interdiction de la construction des minarets», tient à préciser le secrétaire général de l’UDC, Martin Baltisser.

Quoi qu’il en soit, l’inspecteur de police Yvan Perrin, qui personnellement préfère mettre en exergue la menace de l’initiative pour l’existence de l’armée, admet que la bataille en vue du 13 février sera dure. «Nous sommes pour une fois du mauvais côté: les initiants pourront donner dans l’émotionnel en parlant notamment de prévention de suicides, alors que nous devrons nous concentrer sur des arguments rationnels. Et, nous le savons bien, toucher le cœur est toujours plus facile que toucher la tête!»

L’UDC n’est pas la seule à sortir ses munitions. Si le Conseil fédéral a déjà exposé ses arguments contre le texte (LT du 7.12.10), le comité interpartis «Non à l’initiative sur les armes», dont le PDC est le chef d’orchestre, expose les siens ce mardi. Composé de représentants de l’UDC, du PBD, du PLR et du PDC, il mettra l’accent sur le fait que l’initiative «fait planer un soupçon généralisé sur tous les soldats, les chasseurs et les tireurs, sans résoudre les vrais problèmes: l’usage abusif et le trafic illégal d’armes».

Sur Internet, le lobby pro-armes se montre particulièrement actif. ProTELL, la société pour un droit libéral sur les armes, participe par exemple à un site spécial intitulé «la vérité sur les armes», géré par un groupe romand d’opposition à l’initiative. Qui propose plusieurs affiches.

L’une reprend la thématique des moutons, utilisée par l’UDC pour le renvoi des criminels étrangers. Avec une iconographie plutôt confuse: on y voit cinq moutons, sur sol suisse, réunis autour d’une poubelle remplie d’armes, avec des inscriptions telles que «liberté», «sécurité», «traditions». Un sixième, en fait un loup déguisé en mouton, s’approche, en salivant. Et de l’autre côté de la frontière, un immense loup, censé représenter l’étranger, lorgne sur les moutons.

Une autre privilégie une main ensanglantée, glissant sur une vitre, avec le texte «enlever les armes aux plus faibles est un crime». Pour les responsables du site, «le but de l’initiative n’est pas de lutter contre la délinquance mais d’empêcher les honnêtes citoyens de se défendre contre les criminels». Voilà un avant-goût d’une campagne qui promet de vifs échanges de tirs.