Le mouvement antiséparatiste Force démocratique (FD) a dû chercher, en 1998, une voie originale afin de ne pas avoir à choisir entre la peste et le choléra, entendez entre l'autonomie du Jura bernois dans le canton de Berne et un nouveau canton du Jura incluant le Jura et le Jura bernois, deux scénarios étudiés par l'Assemblée interjurassienne.

Refusant de rompre la moindre amarre avec la Berne cantonale, FD a décidé de «profiler le Jura bernois et le canton de Berne comme acteurs essentiels de la revitalisation du fédéralisme». Concrètement, FD veut placer le Jura bernois et ses 51 000 habitants au centre d'une alliance entre les cantons de Berne, de Fribourg, de Neuchâtel et du Jura. Le mouvement a mandaté des politiciens régionaux pour préciser le concept, et notamment deux anciens députés: la radicale biennoise Marie-Pierre Walliser et l'agrarien de La Neuveville Jean-Pierre Verdon.

Avant de dessiner son modèle, le groupe de travail Walliser-Verdon a défini ce qu'il ne fallait pas faire: «Eviter le tout ou rien, qui consiste à proposer aux cantons concernés une fusion immédiate», explique Jean-Pierre Verdon, ajoutant qu'il ne croit pas au projet Vaud-Genève. Comme FD, le groupe de réflexion balaie ensuite l'éventuelle création d'un nouveau canton du Jura et l'autonomie du Jura bernois. Aux yeux de Marie-Pierre Walliser et des autres membres du groupe, le Jura bernois et la ville de Bienne n'ont d'avenir que dans une organisation supracantonale, respectant de subtils équilibres.

L'objectif politique final défini, reste à tracer les contours du modèle que Jean-Pierre Verdon appelle une «région à promouvoir», vouant visiblement aux gémonies l'appellation d'Espace Mittelland, pour lui préférer provisoirement l'abréviation BEJUNEFRI, comme Berne, Jura, Neuchâtel et Fribourg. Autant de cantons appelés à devenir le noyau de la nouvelle région. «D'autres pourront s'y greffer», relève Marie-Pierre Walliser, citant Soleure, membre de l'Espace Mittelland mais laissé sur la touche, Vaud et le Valais.

Le groupe de réflexion aurait pu se contenter de rebaptiser l'Espace Mittelland, mais il lui trouve trop de défauts: «Il n'a qu'une fonction économique et manque d'un débat politique», note Jean-Pierre Verdon. Marie-Pierre Walliser renchérit: «Les administrations et les gouvernements qui le contrôlent lui donnent une allure trop technocratique.»

Pour souder les cantons BEJUNEFRI sans les fusionner, le groupe de travail leur propose de s'entendre sur une charte, servant de base à l'établissement de concordats contraignants. Les cantons seraient ainsi invités à déléguer une partie de leurs prérogatives à un Conseil intercantonal élu au suffrage universel. Le groupe de réflexion reste évasif sur la composition de ce parlement et sur les compétences à lui transférer. Il entend laisser libre cours au débat qu'il espère susciter.

Fonctionnement arrêté

Le groupe Walliser a pourtant arrêté son mode de fonctionnement: le Conseil intercantonal serait saisi d'initiatives provenant des cantons, de leurs institutions, ou de la population. Il mandaterait des groupes de projets chargés de rédiger les concordats qu'il approuverait ou rejetterait. Les textes pourraient ensuite être soumis au référendum des gouvernements cantonaux, des parlements, voire du peuple. «Le contrôle démocratique est assuré», assène Marie-Pierre Walliser.

Estimant «qu'en 2050, la Suisse, membre de l'Union européenne, sera structurée en moins de dix cantons-régions», le groupe de réflexion affirme développer une stratégie «ambitieuse et modeste: ambitieuse parce qu'elle veut réformer un fédéralisme suisse sclérosé; modeste, parce qu'elle choisit la politique des petits pas et du pragmatisme». Il entend à présent convaincre les politiciens du Mittelland de la pertinence de son modèle d'«atelier de coopération entre cantons voisins, utilisant les concordats soumis au contrôle démocratique», selon l'expression de Marie-Pierre Walliser. Le groupe a jusqu'ici évité de soulever des questions sensibles, comme le poids prépondérant du canton de Berne et des alémaniques dans la nouvelle région. Il a tout de même glissé dans le rapport présenté mardi qu'aucun canton ne devrait avoir la majorité absolue.