C’est l’un des grands chantiers lancés par Gerhard Pfister, le président du PDC Suisse, depuis son élection en avril 2016. La réforme PDC 2025 doit permettre au parti gouvernemental d’aiguiser ses positions et de reconquérir des électeurs. Au niveau fédéral, la formation centriste n’a cessé de perdre des suffrages depuis 1979. Aux dernières élections en 2015, elle a récolté 11,6% des voix.

Mais à quelques jours de son congrès estival, qui se tiendra samedi à Genève, au cours duquel la présidence du PDC va dévoiler les priorités et la vision du parti pour ces prochaines années, de lourdes hésitations apparaissent sur l’expression à emprunter pour qualifier le nouvel étendard du parti. Et ce n’est pas anodin, tant ce terme déterminera l’identité future du PDC.

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Lundi, le président du parti Gerhard Pfister l’affirmait au Tages-Anzeiger: «Le PDC doit suivre une politique bourgeoise-sociale». C’est-à-dire? Contacté mardi, le vice-président du PDC, le Valaisan Yannick Buttet ne pouvait se retenir: «En français, bourgeois-social ne veut rien dire. C’est inutilisable. Je ne sais pas pourquoi Gerhard Pfister n’a pas suivi la ligne décidée par la présidence du parti. Nous nous sommes accordés sur le terme conservateur-social, konservativ-sozial en allemand».

Une critique sans acrimonie toutefois, promet le Valaisan: «Je suis très content de mon président mais il a eu une sensibilité de dernière minute par rapport au vocabulaire qui me surprend».

Conservateur ou bourgeois?

Le terme conservateur peut en effet s’avérer délicat pour un président dont le positionnement politique a longtemps flirté avec celui de l’UDC. Selon Yannick Buttet, «on peut être conservateur sans l’être au sens de l’UDC. Nous ne partageons pas la même vision du monde. Nous voulons simplement préserver les valeurs positives qui font la Suisse d’aujourd’hui».

Alors bourgeois-social ou conservateur-social, le PDC de demain? Joint mercredi, Gerhard Pfister donne raison à Yannick Buttet: la nouvelle ligne sera conservatrice-sociale. En français en tout cas. S’il a utilisé le terme bourgeois dans une interview, c’était pour lancer le débat, explique le Zougois: «J’ai emprunté cette expression au politologue Claude Longchamp. Elle permet d’exprimer le fait que le PDC est un parti bourgeois dans le sens où il préfère la liberté et la responsabilité au recours systématique à l’Etat. En allemand, ça fait du sens, mais je concède que c’est difficile à traduire en français». Gerhard Pfister note que le terme sera de toute manière précisé une dernière fois lors d’une séance du comité du PDC vendredi, à la veille du congrès.

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Réunir les ailes

Qu’elle soit conservatrice-sociale ou bourgeoise-sociale, la nouvelle ligne du PDC doit lui permettre de procéder à un repositionnement sur la scène politique, à la manière d’une marque qui renouvelle son étiquetage sans modifier la recette de son produit.

«C’est une continuité. On ne va changer ni notre programme, ni notre positionnement qui sont bons. Mais il s’agit d’expliquer ce qu’est la démocratie chrétienne au 21e siècle», affirme Gerhard Pfister. Buts recherchés: être plus lisible, se défaire de l’image de girouette qui a pu coller aux semelles du parti centriste. Cette appellation doit aussi favoriser l’union des différentes ailes – chrétienne-sociale et conservatrice – du PDC.

Scepticisme romand

La réconciliation s’annonce délicate. Dans les sections romandes progressistes du parti – Genève, Vaud, Fribourg, Jura – le terme de «conservateur» provoque le débat. «Etre conservateur au sens des valeurs est une notion qui parle en Suisse alémanique. C’est beaucoup plus difficile pour beaucoup de Romands, du moment où ce terme véhicule un message politique sous forme de fermeture à l’autre, un conservatisme dans le sens où l’UDC l’entend», souligne Gauthier Corbat, secrétaire général du PDC Jura.

Le trentenaire relève que sa vision des valeurs chrétiennes est davantage celle de la défense des droits humains. «J’attends la discussion de samedi et les explications de notre président avant de me faire mon opinion. Mais je crains le grand écart sur une question identitaire pour le parti».


Pour un frein aux coûts de la santé

Après avoir débattu de leur nouvelle ligne politique, les membres du PDC se prononceront samedi sur une résolution visant à lutter contre la hausse des coûts de la santé. Ils doivent donner mandat à la direction de parti d’entreprendre «toutes les démarches nécessaires visant à l’introduction d’un frein aux coûts dans le domaine de la santé», sur le modèle du frein à l’endettement.

Dans le détail, le PDC souhaite d’abord attendre de connaître le sort que réserveront les Chambres fédérales à deux motions issues de ses rangs. Les deux textes veulent inscrire des mesures dans la LAMal, qui deviendrait obligatoires et automatiques, à partir du moment où les coûts de l’assurance maladie exploseraient par rapport à la progression réelle des salaires.

Le Conseil fédéral rejette les deux interventions. Il rappelle qu’il a mis en place un groupe d’experts internationaux pour travailler à des mesures de maîtrise des coûts. Il fera des propositions cet automne. Le Parlement ne s’est pas encore prononcé sur les deux motions.

La résolution soumise aux délégués PDC samedi est claire. Si la voie parlementaire n’aboutit pas, la direction du parti sera chargée d’élaborer une initiative populaire. Le calendrier paraît opportun, sachant que la récolte des signatures pourrait déborder sur 2019, année d’élections fédérales.