Valais

Les problèmes de Maurice Tornay paralysent son parti

Le PDC envisage une éventuelle démission de son ministre. Mais la question est taboue parce qu’elle déchire le parti

L’affaire Maurice Tornay paralyse le PDC

Valais Le parti envisage une éventuelle démission de son ministre

Mais la question, taboue, déchirele PDC

Maurice Tornay a troqué son habituel complet sombre contre une veste grenat. Devant la presse lundi pour présenter les comptes 2013 de l’Etat du Valais, le ministre des Finances affichait un air détendu. Empêtré depuis cinq mois dans l’affaire Giroud, l’homme aurait décidé de passer à l’offensive.

Les révélations de la RTS la semaine dernière, concernant des échanges de mails entre Maurice Tornay et Dominique Giroud – l’encaveur soupçonné d’avoir fraudé le fisc pour quelque 13 millions –, ont changé la donne. Dans ces documents, Maurice Tornay conseille Dominique Giroud au sujet des risques pris avec le fisc dans ses sociétés zougoises. Depuis, la tête du PDC du Valais romand (PDCVR) a commencé à étudier concrètement le scénario d’une démission de son ministre.

En attendant, selon plusieurs sources à l’intérieur du parti, il a été décidé que le conseiller d’Etat devait engager un chargé de communication dans les jours qui viennent. Il a d’ailleurs commencé à se défendre dès lundi, sur les réseaux sociaux notamment, en déclarant ne pas être actionnaire de la fiduciaire Alpes Audit, qui révise les comptes de plusieurs caves de Dominique Giroud. Alors qu’il avait déclaré l’inverse lors d’une conférence de presse au début de l’année.

L’efficacité d’une manœuvre de communication aussi tardive laisse sceptique, y compris au sein du PDC. Mais elle apparaît comme le compromis entre l’immobilisme de ces cinq derniers mois et la radicalité d’une démission qui est un véritable tabou pour un parti déchiré sur cette question. «Nous donnons l’image d’un parti de magouilleurs», estime un membre du comité directeur. «Le statu quo n’est plus possible, quelque chose doit changer rapidement parce que cette situation qui pourrit nous fait beaucoup de tort», reconnaissent plusieurs ténors du PDCVR.

Dans les milieux conservateurs et dans le district d’Entremont, d’où vient Maurice Tornay, une démission n’apparaît pas envisageable aujourd’hui. «Il n’y a pas de preuve qu’il ait commis une quelconque faute et il ne me semble pas correct de sacrifier un homme sur l’autel de l’image du parti», estime une femme en disant son attachement à Maurice Tornay. Dans ces milieux-là, la mauvaise gestion de la crise, l’absence de communication et le conflit d’intérêts dans lequel est empêtré le ministre des contributions et ancien réviseur des comptes de Dominique Giroud ne pèsent pas lourd. Tant que l’homme n’a rien commis d’illégal. «Une démission maintenant, ce serait une grave injustice», estime-t-on. C’est-à-dire que la gabegie serait énorme à l’intérieur du parti si Maurice Tornay partait maintenant et était blanchi en septembre par le rapport de la Commission de gestion du Grand Conseil, qui enquête sur l’affaire Giroud. «C’est une responsabilité que nous ne pouvons pas prendre», disent certains.

Si une élection complémentaire devait avoir lieu dans les mois qui viennent, le candidat serait très probablement le président du PDC Suisse, Christophe Darbellay, évincé en 2009 pendant la primaire du PDCVR au profit de Maurice Tornay. Un tel retournement de situation aurait de quoi raviver les guerres fratricides à peine enterrées.

«Tant que je n’ai pas d’élément prouvant que Maurice Tornay a commis un acte illégal, le PDC est derrière lui», tranche Serge Métrailler, président du PDCVR. Le parti choisit d’attendre, en pariant sur une meilleure communication et en espérant que la commission de gestion rende des conclusions favorables à son ministre rapidement. «Ce rapport n’apportera pas de réponses claires sur les questions politiques», critique un membre.

Une démission aurait l’avantage de résoudre le problème d’image du PDC. «Je passe 80% de mon temps à gérer cette affaire, alors que nous avons des projets politiques à défendre», regrette Serge Métrailler. Le parti ne courrait presque aucun risque de perdre son siège, faute de concurrents aguerris dans le Bas-Valais, la région à qui doit revenir le poste selon la Constitution valaisanne. «S’il devait y avoir une élection complémentaire aujourd’hui, elle pourrait être tacite et une élection sans suffrage serait une situation délicate pour la légitimité du siège», souligne Serge Métrailler. «Quelle que soit la situation, nous présenterons un candidat», le contredit Xavier Mottet, président du PLR, parti qui a perdu sa place au gouvernement en 2013.

«Le PDC pourrait aussi imaginer de remettre en jeu en même temps les sièges de Maurice Tornay et de Jean-Michel Cina, lequel pourrait se présenter à l’élection aux Etats en 2015», imagine la porte-parole des Verts au Grand Conseil, Marylène Volpi-Fournier. «Le parti aurait ainsi l’avantage de présenter trois sortants en 2017.» Une sortie de crise tactique qui ne semble pas convaincre. «Il serait peu responsable de remettre en jeu, en même temps, les départements de l’économie et des finances», estiment certains membres du PDC.

Maurice Tornay apparaît très affaibli, alors même qu’il se déclare prêt au combat. Visiblement touché par l’affaire Giroud, il est aussi associé, en tant qu’ancien ministre de la Santé, aux déboires de l’Hôpital du Valais. Il vient de présenter des comptes déficitaires. Et la semaine passée, il a perdu son secrétaire général, Paul-Henri Moix . L’ancien bras droit du conseiller d’Etat Jean-René Fournier a rejoint le département d’Oskar Freysinger.

«La confiance est rompue avec Maurice Tornay», affirme Xavier Mottet. Aujourd’hui, certains estiment même que le ministre a déjà perdu son siège. «En politique, quand vous affirmez que vous avez encore des muscles, c’est que vous les avez déjà perdus», commente un observateur.

Le conseiller d’Etat devrait engager un chargé de communication dans les jours qui viennent

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