«Le procédé est digne des régimes fascistes»

Genève Fustigeant son exclusion du parlement, Eric Stauffer ne regrette rien

Pour ses opposants, le député MCG est une menace à la démocratie

Le parlement genevois a été le théâtre vendredi d’un féroce esclandre opposant le député MCG Eric Stauffer au président du Grand Conseil, le socialiste Antoine Droin. Retour sur une soirée aux allures de vaudeville.

Que s’est-il passé?

De cette soirée qualifiée de «pathétique, triste et affligeante», n’est retenue que l’intervention de trois patrouilles de police, soit sept policiers au total entourant Eric Stauffer dont le bureau du Grand Conseil avait ordonné l’exclusion. A l’origine de son coup d’éclat, la décision du président du législatif, le socialiste Antoine Droin, de ne pas procéder à la lecture complète d’un amendement déjà traité plus tôt durant la séance.

En quoi cet amendement est-il si précieux?

Le texte, initialement proposé par les Verts, veut autoriser les partis à déposer leur propre liste en plus de la liste d’alliance lors des élections majoritaires. En clair, il permet à des coalitions droite-gauche de faire front commun au second tour face au MCG, comme cela pourrait être le cas dans les communes suburbaines de Vernier et d’Onex. Une menace pour le parti populiste qui a toutes les bonnes raisons de s’y opposer.

Mais c’était sans compter sur le soutien inespéré du président du Conseil d’Etat François Longchamp qui prévient qu’il n’acceptera pas de promulguer une loi autant modifiée à l’orée d’élections municipales au printemps 2015. Le MCG y a vu une opportunité pour proposer à nouveau cet amendement pour enterrer la loi.

Le déni démocratique

Pour Eric Stauffer, l’impartialité du président du Grand Conseil est sèchement remise en cause. «Soit il était débordé, soit il est malin», avance le député MCG pour étayer sa théorie du complot. «Mon devoir de vice-président était de relever ce problème institutionnel. C’est pourquoi j’ai demandé une suspension de séance pour permettre à tous les députés de prendre connaissance de l’amendement, ce qui a été refusé.»

Membre du bureau du Grand Conseil, l’écologiste François Lefort crie à la malhonnêteté. «Je constate que les députés qui hurlent au déni de démocratie derrière leur chef n’ont pas demandé lecture de l’amendement au deuxième débat.»

L’intervention policière

C’est le point cardinal de l’affaire. Ce ne sont finalement pas les policiers qui ont bouté Eric Stauffer hors du parlement, puisque c’est l’élu lui-même qui a quitté la salle, solidement accompagné de son conseiller d’Etat Mauro Poggia et de François Longchamp. Le président d’honneur du MCG avoue ne rien regretter. «Que vouliez-vous que je fasse alors que le système démocratique avait été bafoué? Faire appel à la police est digne des régimes fascistes.» Pour son cousin UDC, la méthode est jugée «disproportionnée et aberrante».

Au contraire, pour ses opposants, c’est Eric Stauffer en personne qui est une menace à la démocratie. «Les fascistes […] se sont emparés de la démocratie en violant les lois du premier pouvoir […] et en rejetant les pouvoirs délégués de maintien de l’ordre de la police», commente le député PDC Vincent Maitre. «Le plus grave, c’est de voir à quel point le MCG est lié au corps armé de l’Etat», déplore quant à lui le député socialiste Romain de Sainte Marie.

Le bureau doit statuer sur d’éventuelles sanctions cette semaine. Les autres députés ayant protégé leur chef pourraient être aussi concernés.

«C’est grave de voir à quel point le MCG est lié au corps armé de l’Etat»