Tribunal

Le procès Abramovitch entre dans le vif du sujet

L'audition de la directrice adjointe de la BERD devant le Tribunal de la Sarine a été le point central de la deuxième journée de ce procès hors norme, qui voit la banque européenne réclamer 46 millions de dédommagement à l'oligarque russe

Le deuxième jour d'audience de ce que l'on appelle dorénavant à Fribourg «le procès du siècle» s'est tenu ce mercredi devant le Tribunal civil de la Sarine. Cette fois sans la présence du principal protagoniste, le multimilliardaire russe Roman Abramovitch, célèbre patron du club de football londonien de Chelsea. Devant la justice suisse, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) réclame à l'oligarque, ainsi qu'à son associé Evgeny Shvidler et au géant Gazprom-neft, un dédommagement de 46 millions de francs, dans le cadre d'une ancienne et complexe affaire de prêt accordé en Russie dans les années 1990. 

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Cette deuxième journée a été marquée par l'audition de Marina Snaith, directrice adjointe de la BERD. C'est le premier moment-clé dans ce procès-fleuve, qui mobilisera pas moins de 21 avocats sur une quinzaine de journées, agendées jusqu'à la fin du mois de juin. Compliquée, âpre, technique, menée avec l'aide d'un interprète anglophone, la discussion a donné lieu à un difficile retour dans le passé de 20 ans dans les méandres de ce dossier financier, véritable nœud gordien que le président du tribunal, Stéphane Raemy aura la lourde tâche de démêler. 

Une affaire qui débute en 1997

Les questions à Marina Snaith ont notamment tourné autour des conditions de prêts accordés en 1997 par la BERD à la banque russe SBS-Agro, points de départ de toute l'affaire. Car, cette année-là, SBS-Agro accorde de son côté un prêt commercial de 15 millions de dollars, à Runicom, société alors basée à Fribourg, qui commercialise le pétrole du géant russe Sibneft (aujourd’hui Gazprom-neft), deux entreprises qui ont le même propriétaire, Roman Abramovitch. 

Un transfert contesté à Gibraltar

Mais alors que SBS-Agro est emportée par la crise financière russe de 1998, la BERD, qui n'a, selon Marina Snaith, «recouvré que 0,2% des prêts» accordés dans cette affaire, ouvre une procédure en Russie pour récupérer une partie de son argent auprès de Runicom. Mais, en 2003, la société fribourgeoise est mise en faillite, et ses actifs déplacés à Gibraltar. Pour la BERD, ce transfert a permis à l'entreprise de ne pas s'acquitter de sa créance.

Deux ans plus tard, l'institution lance une procédure en responsabilité auprès de la justice fribourgeoise. Elle demande des dommages et intérêts pour plusieurs dizaines de millions de francs, en particulier à Roman Abramovitch. Ce dernier a toujours contesté ces prétentions, assurant, documents à l'appui, que le prêt avait été remboursé à une banque tiers, liée avec SBS-Agro.    

«Situation kafkaïenne»

«Mon client est dans une situation kafkaïenne, Roman Abramovitch n'a rien à faire devant ce tribunal», s'est indigné en début de journée Cédric Berger, l'un des avocats de l'oligarque. L'homme de loi a encore une fois dénoncé les méthodes de la BERD qui a remis la notification en mains propres au président de Chelsea de façon spectaculaire, le 4 avril 2007, à 22h40, en plein stade de Stamford Bridge, au terme d'un match de Ligue des Champions. «C'est une notification sauvage, devant des milliers de personnes, alors que mon client, une personnalité publique, était facilement joignable autrement», a encore souligné Cédric Berger.

Roman Abramovitch aura prochainement l'occasion de se défendre par lui-même. Après être venu assister à l'ouverture du procès le 2 mai dernier, le milliardaire devrait revenir à Fribourg lors d'une prochaine audience, pour être auditionné devant le Tribunal civil de la Sarine. Ce sera certainement le moment le plus attendu de ce procès.

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