Contre les deux détenus, qui ont violenté des gardiens de prison pour s’échapper de l’unité cellulaire hospitalière à Genève, la procureure Rita Sethi-Karam a requis mardi de lourdes sanctions. Le Ministère public estime que José*, un Portugais de 29 ans, doit être condamné à 6 ans de prison pour cette brutale évasion. Contre Emile*, un Français de 42 ans, le plus violent des deux, également poursuivi pour une tentative de brigandage, l’accusation réclame une peine de 10 ans ainsi qu’une mesure d’internement en raison d’un parcours criminel intense et d’une dangerosité persistante.

Une action commune

Aux yeux du Ministère public, Emile et José ont tout fait ensemble ce soir du 1er août 2015: planifier leur fuite, fabriquer des armes métalliques à l’aide des porte-perfusions, enfermer l’infirmière dans la chambre, neutraliser les gardiens en frappant l’un et en poussant ainsi l’autre à les laisser partir. La violence des coups portés à la tête, même s’ils n’ont pas mis en danger la vie de l’agent de détention, aurait pu très mal finir. Chacune des armes pesait pas moins de 1,3 kilo.

«Ils ont accepté l’éventualité de causer des lésions potentiellement létales», relève la procureure Sethi-Karam en soutenant la tentative de meurtre, la séquestration et les violences et menaces contre les fonctionnaires. La pluie de coups ne s’est arrêtée qu’au moment où l’autre gardien «a cédé à ce chantage à la violence» en voyant le sang et la résistance de son collègue baisser et les a laissés «se barrer». Emile devra aussi être reconnu coupable de brigandage pour l’attaque d’une poste du Nord vaudois, estime le parquet.

Des malfrats endurcis

José, déjà condamné à 7 ans de prison pour des brigandages dans le canton de Vaud, est dépeint par la procureure comme un manipulateur et un malfrat sans scrupule. Tenant compte de la responsabilité légèrement restreinte retenue par l’expert-psychiatre, l’accusation estime qu’une peine de 6 ans se justifie. L’accusation se montre beaucoup plus sévère encore envers Emile, «un être sans aucune barrière morale, psychologique ou éthique», «pluridisciplinaire dans la délinquance» car il a commis des infractions dans tous les domaines.

La longue carrière criminelle d’Emile, doublée de troubles de la personnalité et d’une nette tendance à la psychopathie, en fait un être potentiellement dangereux qu’il conviendrait d’enfermer pour très longtemps. Suivant l’expertise du docteur Gérard Niveau, le Ministère public a requis une mesure d’internement qui entrera en force une fois la peine purgée et ne prendra fin que lorsque l’intéressé ne sera plus considéré comme un danger public.

Le procès se poursuit avec les plaidoiries des parties plaignantes et de la défense. Le jugement est attendu ce mercredi.

*Les prénoms sont fictifs


Sur le premier jour du procès:

A Genève, l’évasion qui a traumatisé deux agents de détention