Devant la justice

«C’était un concours de fierté stupide, un jeu dans lequel un policier n’aurait pas dû rentrer.» Les mots sont durs, mais ils sortent de la bouche de l’avocate du policier lausannois qui comparaît depuis mercredi devant le Tribunal de police de Lausanne. Ce qui lui est reproché: un abus d’autorité pour avoir relâché un jeune requérant d’asile tchadien en pleine nuit vers le bois de Sauvabelin, dans les hauts de Lausanne. Le procureur requiert une peine de 10 jours-amendes à 100 francs par jour, avec sursis pendant deux ans.

Ambiance «bon enfant»

Dans la nuit du 8 février 2010, le brigadier Grégoire* interpelle avec deux collègues Ibrahim*, domicilié à Viège et déjà aperçu plusieurs fois à Lausanne en compagnie de dealers de drogue. L’ambiance devient vite «bon enfant», selon le policier et ses collègues venus à la barre.

Après une fouille sans résultat, le policier demande à Ibrahim pourquoi il s’est enfui en les voyant. «Parce que j’aime courir», répond-il. Pour «plaisanter», le brigadier lui propose de l’amener «là où vous pourrez pratiquer votre sport». Ibrahim accepte et est relâché à Sauvabelin. Après une demi-heure, il appellera la police et dira s’être perdu.

«C’est une plaisanterie bizarre, de mobiliser une patrouille à 3 h du matin et aux frais de l’Etat», note la présidente du tribunal, Sandrine Bornet. Pour le procureur, Yves Gringet, il s’agit aussi «d’une mesure vexatoire et inutile de quelqu’un qui veut faire sentir son autorité». A cette époque, une autre affaire ébranlait Lausanne. Blanchis en décembre, cinq policiers étaient en procès pour avoir sprayé et relâché à Sauvabelin un jeune Erythréen en 2006. La hiérarchie du brigadier Grégoire l’a dès lors dénoncé à la municipalité, qui l’a licencié quelques mois plus tard «avec effet immédiat». Mais le Tribunal cantonal lui a donné tort. Cette partie de l’affaire est devant le Tribunal fédéral.

Un système «inefficace»

Souvent replié sur lui-même devant le tribunal, le policier ne conteste pas les faits. Mais il n’y a pas d’abus d’autorité selon son avocate, car Ibrahim avait donné son consentement. «Ce genre de cas – où les dealers jouent au plus malin en sachant qu’ils ne risquent pas grand-chose – est la conséquence de l’inefficacité du système», estime l’avocate Odile Pelet. «J’ai manqué de recul. C’était stupide. Je suis désolé de donner une mauvaise image de la police», ajoute le brigadier.

* Prénoms fictifs.