Visage fermé, les familles des six jeunes militaires qui ont perdu la vie dans une avalanche à la Jungfrau ont pris place lundi à 14 heures dans la salle du Grand conseil où siège le Tribunal militaire 7 de Coire. Avant l’ouverture du procès des deux guides qui emmenaient les jeunes gens ce matin du 12 juillet 2007, on préfère le silence. Les deux hommes sont inculpés pour homicide par négligence et inobservation des prescriptions de service.

Rendu public lundi, l’acte d’accusation affirme que les deux guides ont «mal estimé la situation» et qu’une appréciation consciencieuse des dangers d’avalanche aurait «avec une haute probabilité» permis d’éviter la mort des six militaires, qui, avec six autres camarades de l’Ecole de recrues spécialisées dans l’alpinisme d’Andermatt, s’étaient engagés dans l’ascension de la Jungfrau.

Très attendu, le procès de ce drame de la montagne, l’un des deux plus graves accidents militaires jugés ces dernière années, se tient devant de très nombreux médias . La première journée est consacrée à l’audition des deux accusés. .

Le jour du drame, les deux premières cordées, à qui l’ascension sera fatale, sont séparées des six autres jeunes montagnards par les deux guides quand elle dépassent la selle du Rottal. Il a été décidé de modifier le trajet habituel. Toujours selon l’acte d’accusation, ces deux premières cordées ont consulté l’un des deux guides sur la situation. Celui-ci leur indique de continuer et d’ouvrir la route prévue.

Une appréciation erronée des dangers d’avalanche, écrit l’auditeur Maurus Eckert dans l’acte d’accusation. Il estime que les deux guides auraient dû interrompre la randonnée. Car en raison de la pente (jusqu’à 45°), du danger de chute et de la neige fraîche, il aurait été justifié de décider à ce moment-là l’arrêt de l’expédition. Peu après, des témoins parmi les cordées restées en aval ont entendu un bruit sourd, comme celui d’une détonation. La plupart des participant ont alors remarqué des traces de neige glissant sur leur droite comme sur leur gauche.

La première cordée de trois personnes a ainsi provoqué l’avalanche, entraînant la deuxième. La chute de plus de 1000 mètres des six victimes qui a suivi s’est terminée sur le glacier du Rottal. Dans son expertise présentée en automne 2007, l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches de Davos estimait déjà que la coulée mortelle a très probablement été déclenchée par les militaires eux-mêmes.

Plusieurs familles des victimes sont présentes à Coire durant cette semaine de procès dont le jugement est attendu pour vendredi. Elle ne peuvent pas se retourner contre les deux guides puisque, selon la législation militaire, la responsabilité incombe à l’Etat durant une période de service.

Dans ce contexte, l’un des pères, Eric Buchs confiait récemment au Temps ne rien espérer de ce procès, n’ayant aucune confiance dans la justice militaire. Sa plainte déposée l’an dernier contre les chefs de l’armée d’alors, notamment Christophe Keckeis, n’a abouti a aucune procédure pénale, faute de preuve. Pour mémoire, l’assurance militaire a versé 800’000 francs, dont 700’000 francs pour tort moral, aux familles des victimes.