Le scénario est rarissime. Il s’est pourtant déroulé ce lundi devant le Tribunal du district de Sierre, qui siégeait à Sion pour l’occasion. Un ancien professeur devait comparaître, accusé notamment d’actes d’ordre sexuel envers des enfants. L’audience débute sur les coups de 8h30, sans le prévenu. Son avocat demande d’emblée la suspension de la procédure et le renvoi de la séance.

«Mon mandant est hospitalisé dans un hôpital psychiatrique. Il a la volonté, mais il n’a pas la capacité de comparaître», explique Me Olivier Couchepin, qui requiert de renvoyer les débats à l’automne. A sa propre demande, l’homme s’est fait interner la semaine dernière à l’hôpital de Malévoz, à Monthey. Les cinq des sept victimes, présentes dans la salle, sont bouche bée. Le procureur Alexandre Sudan et les avocats des parties civiles veulent une séance en présence de l’accusé. Et certains la veulent immédiatement. Ils demandent au juge d’ordonner aux forces de l’ordre d’aller chercher l’accusé dans sa chambre d’hôpital.

Un mandat d’amener délivré

Après une heure de délibération, le président de la cour, Stéphane Epiney, annonce qu’un mandat d’amener a été délivré contre l’accusé, que l’hôpital de Monthey n’a pas opposé d’objection et que le prévenu est en route pour rejoindre le tribunal. La salle attend, en silence. L’homme arrive près d’une demi-heure plus tard, menotté et entouré par deux policiers. L’audience, à proprement parler, peut commencer.

Les victimes attendent des explications de leur ancien professeur, que certaines d’entre elles accusent, sous le prétexte d’un exercice d’éveil sensoriel, de les avoir épiées sous la douche, avant d’aller se masturber dans la salle des maîtres. Toujours sous le même prétexte, d’autres l’accusent d’avoir inséré son sexe dans leur bouche, alors qu’il leur avait bandé les yeux. Les faits dénoncés auraient été commis entre 2011 et 2013, alors que les fillettes étaient âgées d’une douzaine d’années. Elles n’auront aucune explication.

Face aux juges, l’homme répond du bout des lèvres à la première question qui lui est posée, après un long silence. Dès la deuxième interrogation, il explique qu’il n’a «pas l’esprit à répondre aux questions de la cour». Le juge interprète cette attitude comme un refus de répondre. Pour son avocat, elle est due, au contraire, aux médicaments pris le matin même.

Prison ferme vs acquittement

L’audience se poursuit. Le procureur, puis les avocats des parties civiles dénoncent les faits commis, d’autant plus injustifiables qu’ils ont été réalisés par un professeur. «Si l’on ne peut pas avoir confiance en son professeur, à qui peut-on faire confiance?» interroge l’avocat d’une des victimes, en pleurs à ses côtés. Le procureur requiert une peine de 40 mois de prison ferme, sans sursis, même pas partiel, assortie d’un traitement ambulatoire du trouble mental et d’une interdiction d’exercer une profession en lien avec des mineurs durant cinq ans.

Après la pause de midi, la défense s’efforce de mettre en lumière ce qu’elle caractérise de «déclarations obscures, contradictoires et évolutives de ce dossier». Près d’une heure durant, elle reprend les propos des victimes présumées, ainsi que ceux de certains de leurs camarades de classe ou professeurs de l’époque. Elle entend démontrer que son client est innocent. «A-t-on affaire à une discussion de récréation ou à des faits qui se sont réellement produits?» lance Olivier Couchepin. S’il reconnaît que son client a avoué un problème de voyeurisme, il précise que les fillettes étaient en sous-vêtements et jamais nues. Il nie catégoriquement les autres accusations portées contre le prévenu, continuant de citer des déclarations tirées de l’acte d’accusation. Olivier Couchepin plaide l’acquittement.

L’accusé, qui n’a pas passé une minute derrière les barreaux lors des six années qu’a duré l’instruction, n’est plus libre, même si le verdict n’est attendu que ce mardi en début d’après-midi. Le président de la cour a ordonné son arrestation et sa mise en détention, craignant une fuite, mais également que l’accusé porte atteinte à ses jours.