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Le conseiller national UDC Jean-Luc Addor se présente devant le Tribunal du district de Sion avec son avocat Marc Bonnant.
© Keystone/Laurent Gillieron

Valais

Le procès théâtral de Jean-Luc Addor

Accusé de discrimination raciale, le conseiller national UDC profite de son audience publique pour faire passer ses messages politiques

Lui-même avocat et ancien juge d’instruction, Jean-Luc Addor montre une curieuse bonne humeur au moment de comparaître devant le Tribunal de Sion. Les sympathisants du conseiller national UDC envahissent la petite salle de la cour de district. L’ancien ministre neuchâtelois Yvan Perrin et le sociologue Uli Windisch se mélangent aux membres de l’UDC du Valais romand et aux militants du mouvement nationaliste «Résistance Helvétique». Le spectacle peut commencer.

En août 2014, dans les minutes qui suivent la fusillade de la mosquée de Saint-Gall, fatale à un ressortissant albanais, Jean-Luc Addor tweete le lien d’un article de presse relatif au sujet, avec ce commentaire: «On en redemande». En pleine réunion du comité central de l’UDC Suisse, et face à de nombreuses réactions indignées, il se justifie rapidement sur les réseaux en plaidant l’ironie. Ce mardi, il insiste face au juge Christian Zuber: «J’ai été très surpris que mes propos puissent être compris littéralement, à l’inverse de ce que j’ai voulu dire.»

Lire aussi: Jean-Luc Addor sera jugé pour discrimination raciale

Réquisitoire cinglant

Le conseiller national s’explique: «J’en ai marre de ces étrangers qui viennent chez nous pour régler leurs comptes». Deux associations le dénoncent, parmi lesquelles le Conseil central islamique suisse (CCIS) du très controversé Nicolas Blancho. La démarche est inutile: La discrimination raciale est poursuivie d’office. Le Ministère public valaisan ouvre une enquête puis rédige un acte d’accusation. Pour le procureur général adjoint, Jean-Pierre Greter, les propos de Jean-Luc Addor sont constitutifs d’une infraction au fameux article 261 bis du code pénal.

La paix sociale a été mise à rude épreuve

Le procureur a scrupuleusement répertorié les dérapages de l’élu sur les réseaux. Il relève ce tweet: «L’islam est une saloperie soutenue par des salauds traîtres et collabos». Son réquisitoire cite abondamment la littérature relative à la norme pénale antiraciste. Il s’appuie aussi sur une jurisprudence «très riche», dont un arrêt récent du Tribunal fédéral, qui condamne des cadres de l’UDC pour une affiche sur les Kosovars. Pour lui, «Jean-Luc Addor fait l’amalgame entre l’islam et le terrorisme» et «nie toute dignité aux musulmans». En rédigeant ce commentaire «sans nuance», le politicien «était motivé par la haine» et «la paix sociale a été mise à rude épreuve.»

Lire aussi: Jean-Luc Addor déclenche une tempête avec ses tweets haineux

Plaidoirie politique

Portant la robe, Marc Bonnant plaide en Valais pour la première fois. Livrant son habituelle verve à un public bruyant et tout acquis à sa cause, il s’adresse à son client: «Laissez-moi perdre! Vous méritez de devenir un martyr et un résistant, et vous pourriez consolider votre base électorale». L’avocat disserte longuement sur la liberté d’expression. Pour lui, la fusillade de Saint-Gall reste «un règlement de compte mafieux» et la mosquée où elle a eu lieu, «un détail». Il insiste: «Cette affaire documente le lien entre l’immigration et la criminalité». Souvent, il quitte le droit pour la politique: «L’islamophobie est non seulement légitime, mais c’est le devoir de toute intelligence structurée dans notre civilisation judéo-chrétienne.»

Si les musulmans ne savent pas ce qu’est l’ironie, qu’ils l’apprennent

En décrivant «l’islam triomphant», et en s’adressant plus aux journalistes qu’au juge, l’avocat prophétise: «Notre civilisation mourra de ses vertus que sont l’accueil et la tolérance». Il interpelle le procureur: «Quand vos filles porteront le niqab et quand vos fils prieront la Mecque, vous vous demanderez ce que valait l’article 261 bis du code pénal, et son interprétation par des juristes suisses-allemands». Il conclut: «Si les musulmans ne savent pas ce qu’est l’ironie, qu’ils l’apprennent». Les spectateurs rient et applaudissent. Le juge se fâche: «On n’est pas au cirque!»

Les répliques sont courtes. Pour Jean-Pierre Greter, les tribunaux ont l’obligation d’appliquer la loi, «même quand elle est controversée». Marc Bonnant n’est pas d’accord: «Il y a des législations scélérates qu’il faudrait abroger». Le Tribunal du district de Sion communiquera son verdict dans les prochains jours. L’avocat genevois espère l’acquittement. Le procureur valaisan demande 75 jours-amendes avec sursis. Il renonce à une sanction additionnelle, «parce que Jean-Luc Addor a lui-même ruiné sa réputation.»

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