Il a la toux très tenace mais l'esprit encore vif. A bientôt 82 ans, et malgré les antibiotiques prescrits par le médecin de la prison, le prévenu a de la peine à finir ses phrases. A ses côtés, ou presque, sa fille, d’apparence plus fragile, a le propos souvent inaudible et le mouchoir toujours à la main. «J’ai un problème nasal.» Ce duo improbable comparaît devant le Tribunal criminel de l’Est vaudois pour avoir tué Erna, une nuit de décembre 2016, et avoir fait disparaître son corps dans des conditions atroces. La victime était son épouse à lui et sa mère à elle. Le scénario du Ministère public, qui évoque un homicide planifié pour faire disparaître une femme acariâtre et s’approprier sa fortune, est contesté par la défense.

«Elle donnait mon assiette au chien»

Jeudi dernier, l’audition anticipée de l’expert-psychiatre avait donné un avant-goût des relations compliquées ayant fait sombrer cette famille dans un drame sordide. Ce lundi, l’octogénaire l’a exprimé avec ses propres mots. «Parfois, elle me disait que je bouffais trop et me prenait mon assiette pour la donner au chien.» Il décrit un enfer de près de quarante ans. Au tout début de la vie commune, les choses allaient encore assez bien. «Elles ont évolué dans le mauvais sens. C’était une progression lente mais qu’on sentait arriver.»