Justice

Au procès de Vevey, regards de psychiatres sur une complicité parricide

Le spécialiste français Daniel Zagury estime qu'une emprise maternelle intense permet de comprendre pourquoi le jeune homme a accepté de participer à la mise à mort de son grand-père

«La grande majorité des parricides ou des aviolicides [le meurtre d’un aïeul] sont commis par des malades mentaux. Dans les autres cas, les circonstances sont exceptionnelles et impliquent un dysfonctionnement relationnel majeur.» Pour le psychiatre français Daniel Zagury, mandaté comme expert privé par la défense du jeune homme jugé cette semaine à Vevey pour avoir tué son grand-père, le tumulte des émotions et l’emprise maternelle expliquent comment Quentin a basculé dans l’obéissance aveugle et accompagné sa génitrice dans ce crime.

Une mère transformée en gourou

Contrairement à sa mère Thérèse, qui souffre de troubles de la personnalité, Quentin ne présente aucune pathologie psychiatrique. C’est l’avis de l’expert judiciaire, le docteur Abba Moussa, qui s’est dès lors refusé à pousser plus loin toute analyse permettant de comprendre pourquoi ce garçon de 20 ans a subitement accepté de tuer son grand-papa qu’il aimait tant et qui avait été pour lui un père de substitution. Le rapport de Daniel Zagury comble cette lacune. Ce spécialiste conclut que le jeune homme présentait une aliénation qui ne relève pas du «noyau dur» de la psychiatrie mais qui s’inscrit dans le registre psychologique.

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En clair, Quentin, dont le père s’est suicidé lorsqu'il était âgé de 5 ans, avait une peur panique de perdre sa mère. Il s’est accroché à elle comme à une bouée. Il fallait penser comme elle et intérioriser ses mécanismes. Un proche ose même le terme de «sosie». Le garçon dira lui-même au psychiatre s’être senti «comme la victime d’un gourou». Dans cette relation fusionnelle teintée de manichéisme, sorte d’union contre l’adversité, Quentin a perdu beaucoup de son autonomie et de son libre arbitre, estime Daniel Zagury.

«Violente décharge de haine»

L’importante pression psychologique caractérisant cette famille est aussi relevée par le docteur Stéphane Simonazzi, qui a expertisé la mère et évoqué les multiples facettes de sa personnalité perturbée et trop méfiante. A certains moments, Thérèse peut être dans l’hyper-contrôle. Dans d’autres situations, quand les liens affectifs entrent en jeu, elle peut se laisser déborder par ses émotions. «Cela a été le cas, dans une certaine mesure, au moment des faits», retient le psychiatre à l’appui d’une responsabilité légèrement diminuée tout en évoquant «une violente décharge de haine et de colère».

Ce n’est sans doute pas encore assez aux yeux de la défense, qui a mandaté, elle aussi, un expert privé en la personne du psychiatre français Paul Bensussan, afin de relativiser la froideur des préparatifs, accentuer le «tourbillon des émotions» et diminuer d’un cran la faculté de contrôler ses actes. Thérèse, qui décrit son père comme un tyran égoïste, avare, peu reconnaissant et capable de la priver de son héritage, a fini par l’éliminer à l’âge de 83 ans, tout en entraînant très facilement son fils dans cette aventure meurtrière. Un scénario hors du commun sur lequel reviendra ce jeudi le procureur Hervé Nicod à l’occasion de son réquisitoire. Le jugement est attendu début octobre.

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