Eveline Widmer-Schlumpf et l'UDC grisonne sont fixées. Seuls les délégués bernois se sont prononcés contre la volonté du parti suisse d'exclure leurs cousins des Grisons. Mercredi soir, les UDC des cantons de Fribourg et de Neuchâtel - la section du canton de Schaffhouse sera la dernière à se prononcer le 19 mai prochain - ont choisi, comme les Vaudois la veille, de suivre la ligne dictée par leur parti. La procédure d'exclusion entre ainsi dans sa dernière étape, même si le calendrier n'est pas encore tout à fait clair.

Compte tenu du soutien de la quasi-totalité des sections cantonales, l'issue des délibérations du comité central, à qui échoit la décision, paraît d'ores et déjà inéluctable. Et la révélation de l'opération Bubenberg fomentée par des élus bernois modérés dans l'optique d'une scission ne changera pas la donne.

Dans ce contexte, Eveline Widmer-Schlumpf ne semble pas vouloir changer la stratégie qu'elle a appliquée jusqu'à aujourd'hui. Elle a d'abord refusé de répondre aux injonctions du parti, qui souhaitait qu'elle démissionne d'elle-même. Une position confortée par le soutien de sa propre section, qui ne l'a pas rayée de ses listes malgré l'ultimatum fixé par le comité national. Eveline Widmer-Schlumpf se contente ainsi d'observer la polémique à distance dans l'attente de la décision du comité central, tout en prenant soin de ne pas trop se prononcer sur la question.

Si, au contraire, elle décidait de remettre temporairement, voire durablement, sa carte de membre, elle contribuerait à apaiser les esprits. La volonté de préserver l'unité du parti est très clairement apparue dans le vote des délégués vaudois. Tandis que l'exclusion de la section grisonne l'emportait à une courte majorité, prouvant que la méthode avancée par les dirigeants de l'UDC suisse ne faisait pas l'unanimité, la question de savoir si Eveline Widmer-Schlumpf devait sortir de son propre gré du parti a remporté une approbation presque unanime. Mais la conseillère fédérale grisonne ne s'y résoudra pas.

Depuis une semaine, une autre option se dessine cependant: celle de l'opération Bubenberg, imaginée par un groupe d'élus bernois, auquel Samuel Schmid s'est joint. Ce qui fait dire à la Weltwoche que, si le plan était mis à exécution, le conseiller fédéral bernois ne pourrait sérieusement pas revenir en arrière. De la même manière, si un nouveau parti ou un nouveau groupe parlementaire devait se créer, Eveline Widmer-Schlumpf pourrait dès lors espérer trouver aux Chambres l'appui qui lui manque.

De l'avis des politologues, la concrétisation de cette opération semble toutefois plutôt improbable. Ils estiment qu'il n'y a guère de place pour une nouvelle formation à droite de l'échiquier politique, et que celle-ci serait vouée à disparaître dès la fin de la législature.

Par ailleurs, «les quelques membres dissidents de l'UDC, grisons et bernois notamment, qui pourraient être susceptibles de former un nouveau groupe ne pourraient pas prétendre être représentés par deux conseillers fédéraux», analyse un parlementaire. L'UDC aurait dès lors beau jeu de réclamer une répartition équitable des sièges au Conseil fédéral.

Nonobstant, Hans Grunder (UDC/BE) continue de croire à l'éventualité d'une fracture. Le conseiller national est même conforté dans son idée après les résultats serrés constatés dans les cantons de Vaud et de Berne. La position de la section thurgovienne est également significative. N'a-t-elle pas préféré ne pas inscrire l'exclusion de l'UDC du canton des Grisons à l'ordre du jour de son assemblée? Une manière d'éviter une confrontation entre ses ailes modérée et dure. Ces signaux font penser à Hans Grunder que, si un nouveau parti devait être fondé, plusieurs parlementaires oseraient faire le pas. Le Bernois évalue même à sept ou huit le potentiel de ce groupe, au vu des appels qu'il a d'ores et déjà reçus.

Pour l'heure, la direction de l'UDC ne veut pas prendre au sérieux cette opération bernoise, préoccupée qu'elle est de «purger» le parti de l'élément grison. La décision d'exclusion pourrait cependant tarder avant d'être effective.

Car le calendrier est serré. «Le 17 mai, explique Alain Hauert, porte-parole de l'UDC suisse, le comité central décidera s'il entend ou non ouvrir la procédure.» Et on l'imagine mal prendre une autre décision, notamment eu égard à ses électeurs. Ce qui signifie que le comité central devra à nouveau convoquer les 116 membres du comité pour rendre son verdict.

La section du canton des Grisons aura ensuite 30 jours pour recourir devant l'assemblée des délégués. Mais le délai est court, car la prochaine assemblée a lieu le 5 juillet prochain. L'éventuel entérinement de l'exclusion risque ainsi d'être repoussé à l'automne.