Profiter du haut plateau de la Greina, un paysage quasi arctique dans les Grisons est désormais chose facile. Accessibles grâce à un service de cars, quatre régions vont servir de tremplin pour ce tourisme doux. Desservir les vallées alpines reculées, tel est le mot d'ordre du Groupement suisse pour les régions de montagne (SAB), de l'Association Transports et Environnement (ATE) ainsi que du Club alpin suisse (CAS) réunis sous la bannière des «Bus des vallées alpines».

Transports publics absents

Outre la Greina, la région bernoise de Gantrisch, le Binntal et Moosalp, toutes deux en Valais, comptent parmi les nombreuses destinations attractives des Alpes. Elles n'ont qu'un défaut: être peu accessibles aux transports publics. Jusqu'en 2007, ces régions serviront de zones pilotes pour le projet qui consiste à faire circuler des bus, et même sur appel, chaque jour durant la haute saison.

Le car, un symbole national

Pour effectuer les déplacements dans ces vallées, le choix s'est immédiatement porté sur un véhicule indissociable du paysage national: le car postal, qui fête cette année ses 100 ans d'exploitation. Chaque jour, ces bus jaunes desservent de nombreuses régions de montagne permettant ainsi aux habitants de garder un contact avec la plaine. Pour Carlo Degelo, responsable de Car postal Berne, cette nouvelle offre présente un avantage. «Tout en élargissant notre couverture du territoire pour les populations locales, nous bénéficierons d'un taux de fréquentation élevé grâce au tourisme.»

Le trafic de loisirs hors la loi

«Aujourd'hui, relève Theo Maissen, conseiller aux Etats grison et président du SAB, le financement des transports publics régionaux relève de la loi sur les chemins de fer, dans laquelle le trafic de loisirs n'est pas pris en compte.» Seul le critère du nombre d'habitants détermine le droit aux redevances. Ne recensant que quelques centaines d'âmes, ces zones ne bénéficient donc pas du financement pour les transports publics régionaux.

Les bouchons du Gothard

Au-delà du seul transport des indigènes, le tourisme de loisirs gagne en importance avec une part de 50% du volume total des transports en Suisse. Dans les régions alpines, 90% du trafic se réalise par la route.

«Nous avons tous en tête les bouchons du Gothard. Or, si l'on rejoint le Sud pour y trouver un meilleur climat, on séjourne dans les Alpes pour respirer le bon air.» Tel est le constat de Franziska Teuscher, présidente de l'ATE. «Le paysage a deux composantes: la nature et l'intervention humaine. Nous devons viser un équilibre entre ces deux exigences.»

Une oasis pour les citadins

Face à la concentration urbaine, ces régions périphériques prennent une nouvelle signification. Moyen de transport durable et large éventail d'activités confèrent à ces lieux l'image d'une oasis pour citadins et apportent une valeur ajoutée à ces économies régionales.

Seule ombre au tableau, les porteurs du projet sont toujours à la recherche de sponsors pour permettre au projet de perdurer au-delà de l'essai pilote. Mais Theo Maissen ne désespère pas: «A l'avenir, le droit à la redevance tiendra compte du trafic de loisirs!»