La Cour pénale internationale a désormais un président, en la personne du juge canadien Philippe Kirsch, élu hier par ses pairs à La Haye. Reste à lui trouver un procureur. Ce dernier, a assuré Kofi Annan hier, jouera un rôle clé pour le destin de la nouvelle institution. Il devra donc être «une personne du plus haut calibre». «L'expérience des Tribunaux internationaux pour l'ex-Yougoslavie et le Rwanda nous apprend que rien ne vaut les décisions et les déclarations publiques du procureur pour établir la réputation de la Cour, en particulier dans les premières étapes de son action», a encore commenté le secrétaire général.

L'actuelle procureure du TPI, Carla Del Ponte, a beaucoup fait pour la visibilité de l'institution. En outre, elle n'a jamais fait mystère de son intérêt pour la fonction d'accusatrice de la CPI, même si, du côté suisse, on s'est longtemps retenu d'articuler son nom. Le futur procureur, en effet, devrait être désigné de façon consensuelle entre les Etats membres de la CPI. Les négociations visant à faire émerger ce consensus se dérouleront officiellement entre le 24 mars et le 4 avril. Mais des contacts ont d'ores et déjà lieu et tout porte à croire qu'ils se sont intensifiés ces derniers temps. La règle d'or de ces tractations informelles demeure de ne découvrir son jeu que lorsque c'est absolument nécessaire. Aujourd'hui, on admet au DFAE qu'on a mentionné le nom de l'actuelle procureure du TPI de manière à sonder l'intérêt qu'il suscite, mais on refuse mordicus de commenter plus avant.

Répartition équitable

La désignation de Philippe Kirsch comme président de la Cour pourrait jouer contre la Suissesse. Le staff de la CPI a en effet été composé en tenant compte d'une représentation équilibrée des différentes régions dont émanent les Etats signataires et on admet généralement que les postes principaux devraient, eux aussi, être équitablement répartis. Dans cette perspective, beaucoup d'observateurs s'attendent à ce que la désignation d'un président appartenant au groupe occidental ouvre la voie à un procureur d'une autre région, l'Europe de l'Est ou l'Amérique latine par exemple. Mais ce n'est pas une obligation: le principal est que la personne désignée fasse l'unanimité sur son nom. Carla Del Ponte a eu l'occasion de se faire un nom sur le terrain de la justice pénale internationale, elle a pu aussi s'y faire quelques ennemis, qui donnent actuellement de la voix en coulisses. Les jeux, en conséquence, sont loin d'être faits.