La défense de son propre travail. C’est ainsi que le procureur Adrian Holloway a commencé son réquisitoire dans l’affaire des graves abus commis par Lucien*, jeune homme dépeint comme un psychopathe aux traits pervers et sadiques. Une longue et monotone chronologie censée démontrer que le «parquet n’a pas désemparé» même si cette procédure, certes marquée par les malheurs d’une première expertise, dure depuis plus de trois ans. Vingt-six audiences, dont sept consacrées aux auditions des psychiatres. Plus essentiel, le Ministère public estime au final que ce garçon doit être condamné à une peine de 8 ans et surtout soumis à une mesure d’internement ordinaire.

Injures, lésions corporelles graves, contraintes sexuelles, viols. Le procureur soutient que Lucien est coupable de tout cela pour avoir fait subir d’intenses violences physiques et sexuelles à son amie Léa*. Avec la cruauté en plus. Pour les noyades et les étranglements, le parquet propose la tentative de meurtre à tout le moins par dol éventuel. En maintenant la tête de la jeune fille sous l’eau ou en lui serrant le cou jusqu’à ce qu’elle en perde conscience, le prévenu a pris et accepté le risque de la tuer. Et cela même si Léa a expliqué: «Il m’avait dit de ne pas m’inquiéter car il ne me tuerait jamais.»

A l’heure d’évoquer la sanction, le procureur Holloway commence d’emblée par préconiser une mesure d’internement. Il se réfère à l’expertise du professeur Bruno Gravier, entendu ce mardi aux débats, qui conclut à un risque de récidive majeur. Ce jeune homme est habité par des pulsions destructrices et marqué par un trouble de la personnalité difficile à traiter tant qu’il refusera d’admettre ses actes, leur gravité et même ses propres souffrances.

Selon l’expert, Lucien est encore très loin de pouvoir franchir cette étape. «Toute mesure thérapeutique est donc prématurée», ajoute le Ministère public. L’internement est fait pour protéger la collectivité contre les délinquants dangereux. Malgré son jeune âge, le parquet estime que Lucien doit être un candidat à ce tunnel sans fin une fois sa peine purgée.

Les plaidoiries se poursuivent.

* Prénoms d’emprunt