«Le procureur général de la Confédération sous pression?» C'était le titre de l'intervention du magistrat prononcée lors d'une conférence de presse organisée lundi à l'improviste. Poser la question en ces termes, c'est presque, dans le contexte actuel, y répondre. La «pression», en tout cas, a dû paraître assez forte à Valentin Roschacher pour qu'il se risque à une démarche inhabituelle et choisisse de se défendre devant la presse.

Répondant aux critiques qui ont couru sur ses services, toute la semaine dernière dans les médias mais aussi – et c'est nouveau – parmi les parlementaires, le procureur général a admis qu'un «vent contraire» soufflait «assez fort». Il s'est déclaré «ouvert à la discussion», mais a souhaité que celle-ci ne soit pas alimentée par des attaques infondées aux origines «troubles», Valentin Roschacher faisant allusion aux «sources proches du dossier» souvent citées, anonymement, par les médias.

N'ayant pu en consulter la teneur exacte, il s'est refusé à commenter la motion déposée, ce mois, par le socialiste argovien Urs Hofmann demandant un meilleur contrôle sur un Ministère public ne délivrant, soi-disant, les informations qu'au compte-gouttes. Le chef du Parquet a répliqué que ses services étaient loin d'échapper à toute surveillance et que des discussions à ce sujet ont eu lieu avec le Tribunal pénal fédéral et avec le département de Christoph Blocher, dans le respect de la séparation des pouvoirs.

L'efficacité du Ministère public et de son action depuis deux ans dans la lutte contre le crime organisé ne se mesure pas, a-t-il souligné, au nombre de dossiers prêts à être jugés par le Tribunal pénal fédéral de Bellinzone – deux à ce jour, qui ne concernent toutefois pas la criminalité organisée. Le Parquet fédéral a en effet toujours affirmé qu'il ne serait pas en mesure de boucler ses premières enquêtes avant un délai de deux à trois ans. «Attendez donc cet automne pour juger», a demandé Valentin Roschacher, pour qui affirmer que ce tribunal n'a rien à faire est «faux et tendancieux».

Ce dernier s'est reconnu sous pression sur un point au moins. Les restrictions budgétaires sont une réalité, mais ne sont pas nouvelles, a-t-il rappelé. Elles datent de l'an dernier, lorsque les autorités fédérales ont décrété une pause dans l'augmentation planifiée des effectifs. «Nous devons vivre avec, et nous en profitons pour consolider les structures existantes.» Un travail sans nul doute nécessaire: ce printemps, par la voix du conseiller d'Etat bâlois Jörg Schild, président de la Conférence des directeurs cantonaux de justice et police, les cantons avaient durement critiqué la qualité même du travail de la police judiciaire fédérale et du Ministère public. La formation et l'expérience des personnels concernés, en particulier, étaient jugées insuffisantes. Jörg Schild allait même jusqu'à estimer bénéfique la halte forcée imposée par le frein budgétaire, parce qu'elle permettrait justement d'améliorer la qualité des prestations avant tout nouveau développement.

En revanche, Valentin Roschacher a catégoriquement démenti que ses services soient impliqués dans une «guerre des polices» évoquée par Le Temps de mercredi dernier (LT du 16. 06. 2004), opposant les différents services de renseignement de la Confédération et la police judiciaire fédérale. «Il n'y a pas différends, mais des entretiens constructifs et ciblés.»

Abondamment questionné sur la fuite dans l'affaire des subventions à Suisse Tourisme, Valentin Roschacher a également réfuté être en conflit avec Christoph Blocher. Les divergences entre les deux hommes sont circonscrites, a-t-il assuré, à une interprétation juridique différente des conditions auxquelles le Département fédéral de justice et police est en droit d'opposer son veto à des poursuites pénales contre un employé de la Confédération. «Il ne s'agit pas de grande criminalité, mais pas non plus d'une bagatelle.»