La semaine sera rude pour le procureur général de la Confédération Valentin Roschacher. Lundi, le Département fédéral de l'intérieur a annoncé qu'il allait entamer un «examen extraordinaire» des activités du Ministère public de la Confédération (MPC). Cet examen, auquel s'associera le Tribunal pénal fédéral de Bellinzone, fait suite à une série de révélations de la presse alémanique sur les méthodes de travail du procureur.

Selon la Weltwoche, le MPC a accueilli en Suisse et utilisé pendant deux ans un trafiquant de drogue colombien dans le cadre d'une opération visant à mettre au jour les filières du blanchiment d'argent. José Manuel Ramos aurait notamment été chargé de piéger le banquier privé Oskar Holenweger. Et c'est sur la base de ses accusations qu'aurait été ouverte l'enquête qui a abouti en décembre 2003 à l'arrestation du banquier, aujourd'hui en liberté provisoire.

Oskar Holenweger, qui a dû vendre sa banque en janvier 2004, a toujours protesté de son innocence. Les charges rassemblées contre lui se basent essentiellement sur les accusations d'un agent infiltré allemand. Accusations dénuées de fondement, affirme la SonntagsZeitung sur la base des relevés d'écoutes téléphoniques déposés au dossier.

Des voix critiques, assure de son côté le SonntagsBlick, se font également entendre à l'intérieur du MPC. Valentin Roschacher, pour le moment, ne répond pas. Le MPC s'est borné à faire savoir qu'il respectait les règles légales dans son emploi d'agents infiltrés et d'indicateurs. Il a également précisé que l'enquête concernant Oskar Holenweger était désormais dans les mains du bureau des juges d'instruction, suscitant aussitôt une mise au point de ce dernier, qui a précisé ne pas connaître José Manuel Ramos.

Ces remous tombent mal pour Valentin Roschacher, déjà sur la sellette pour la maigreur de ses résultats. Livio Zannolari, porte-parole de Christoph Blocher, précise toutefois qu'ils ne constituent qu'un motif parmi d'autres de l'enquête qui s'annonce. Mais ils inquiètent également au parlement. Président de la commission judiciaire, Erwin Jutztet (PS/FR) a l'intention de se concerter avec ses collègues des commissions de gestion et des affaires juridiques: «Il faut que M. Roschacher dise si ce dont on l'accuse est vrai, et si c'est vrai, qu'il en tire les conclusions.»