La crise qui secoue la filière des producteurs de dindes suisses, que Migros veut abandonner en raison de son prix de revient jugé trop élevé, suscite des interrogations au sein du WWF. Le coup de gueule de Serge Ansermet, du WWF Vaud.

Le Temps: Pourquoi le WWF s'intéresse-t-il à cette affaire?

Serge Ansermet: Ces dernières années, le WWF Vaud a fait opposition à trois projets de construction de halles d'engraissement de dindes. Cela nous a permis d'avoir accès aux chiffres d'exploitation. Nous avons ainsi pu constater que ce genre de production était financièrement extrêmement faible. Les perspectives de bénéfice sont peu élevées, et une légère variation du prix de la viande peut induire de sévères manques à gagner. Dans ces conditions, nous ne comprenons pas pourquoi les autorités cantonales ont laissé s'ériger de telles bâtisses, dont les coûts varient entre 300000 à 500000 francs, et qui risquent dans un futur proche d'être laissées à l'abandon au milieu de la campagne.

- Pourquoi aviez-vous fait opposition à ces trois projets?

- Ces halles sont construites hors zone à bâtir, souvent au milieu des champs, en raison de l'odeur. C'est également le cas de certaines grosses porcheries. Cette dissémination fait que le paysage devient complètement mité. Aucune réflexion au sujet de l'aménagement du territoire ne transparaît là derrière. Et cela pour une production dont les revenus restent hautement aléatoires...

- Estimez-vous que Migros ne doit plus miser sur la production de dindes indigènes?

- Je m'étonne que Migros ait, voilà une vingtaine d'années, incité des agriculteurs suisses à suivre cette filière. Il était prévisible qu'ils ne pourraient pas être concurrentiels avec l'étranger: les coûts de production sont beaucoup plus élevés dans notre pays. Aussi, je pose cette question: pourquoi Migros s'est-elle lancée dans une aventure qu'elle devait bien soupçonner être transitoire? Par là, le distributeur a inutilement contribué à l'enlaidissement du paysage.

- Comment doit se dessiner l'avenir de l'agriculture suisse?

- Nos paysans doivent clairement viser la production de niche, à haute valeur ajoutée, par exemple au travers des labels et des produits du terroir AOC. Ils ont aussi un rôle dans l'entretien du paysage, pour lequel ils doivent être défrayés, et devraient davantage miser sur l'agritourisme, un filon presque inexploité en Suisse.