Le conseil des Ecoles polytechniques fédérales, organe stratégique de pilotage, favorise-t-il injustement la petite EPFL au détriment de la grande ETH Zurich? C'est l'image qui ressort de l'article paru dimanche dans la NZZ am Sonntag, nourri d'informations internes transmises par des professeurs zurichois de la vénérable institution.

Après avoir poussé leur président Ernst Hafen à la démission, les professeurs du Poly de Zurich remontent aux barricades. Ils craignent cette fois-ci que leur école ressorte affaiblie du message relatif à l'encouragement de la formation, de la recherche et de l'innovation pour les années 2008 à 2011.

A l'heure où l'administration fédérale planche toujours sur ce texte, qui réglera l'attribution des subventions fédérales pour la recherche entre toutes les hautes écoles et définira le mandat de prestations pour les deux institutions fédérales que sont les EPF de Zurich et de Lausanne, les susceptibilités sont exacerbées. Le Conseil fédéral devrait transmettre le projet aux Chambres à la fin janvier.

Cités par la NZZ am Sonntag, les professeurs zurichois n'apprécient pas qu'un avant-projet encore confidentiel «suggère l'image d'une EPFL volant de succès en succès tandis que l'ETHZ fait du surplace». Ils reprochent au conseil des EPF d'avoir soufflé à Berne l'idée de mettre en compétition les deux écoles polytechniques pour l'attribution de certains moyens financiers, au risque de miner l'excellence de la grande école zurichoise, privée de la liberté de lancer ses recherches de manière plus flexible.

La direction de l'ETHZ n'a pas voulu faire de commentaires lundi. «Ces déclarations ne reflètent pas la position officielle de notre institution», a seulement déclaré son porte-parole, Roman Klingler.

Les professeurs zurichois en particulier s'offusquent de l'attribution à Lausanne de la coordination d'un projet de nanotechnologies. Dans sa planification stratégique pour les années 2008 à 2011, le conseil des Ecoles polytechniques fédérales propose en effet que Zurich et Lausanne prennent chacune la direction d'un centre national de compétences: à l'ETHZ celui de biologie systémique (SystemsX), à l'EPFL celui de l'application de nanotechnologies aux systèmes de communication (Systèmes Nano-Giga).

Christoph Grolimund, membre de l'état-major du Conseil des EPF, ne comprend pas les craintes des professeurs zurichois: «Comparez les sommes en jeu. Le projet Nano-Giga entraîne la distribution d'un montant de 40 millions de francs. La somme totale qui reviendra au domaine des EPF pour quatre ans atteint, elle, 8,1 milliards de francs.» Le Conseil des Ecoles polytechniques fédérales (EPF) arrêtera sa position définitive sur le projet de message les 13 et 14 décembre prochains.

Patrick Aebischer, président de l'EPFL, ne s'émeut pas des effets de manches zurichois: «Les deux écoles polytechniques doivent remplir ensemble leur mission à l'échelle nationale et internationale. La progression qu'affiche Lausanne, sur le plan académique, ne doit pas prétériter l'excellence de Zurich. Les grands programmes, Systems X coordonné par Zurich et NanoGiga par Lausanne, sont à cet égard parfaitement complémentaires: le premier pour la biologie, le second pour l'ingénierie. Ils sont destinés à l'ensemble de la recherche en Suisse et non à une seule institution.»

La nervosité des professeurs zurichois de l'ETHZ a plusieurs raisons. En conflit larvé avec leur autorité de tutelle, le conseil des EPF, souhaite resserrer les structures de direction. Ils réagissent de manière allergique à toute comparaison avec Lausanne et le style de gestion plus entrepreneurial incarné par Patrick Aebischer. Ils ont certes obtenu un sursis avec la démission de Ernst Hafen, mais la discussion sur l'organisation des divers départements va reprendre.

D'autre part, les Ecoles polytechniques fédérales, tout comme les universités cantonales, ne vont quasiment pas profiter de l'augmentation de 6% que la Confédération veut mettre à disposition des budgets de la recherche et de l'innovation. Zurich et Lausanne vont donc se retrouver inévitablement en compétition.