Justice

Profession: braqueur de belles villas genevoises

Jugé par le Tribunal criminel, le prévenu a récidivé deux semaines après sa sortie de prison et s’est encore attaqué à la même famille, celle d'un banquier de Collonge-Bellerive. Son arme était factice mais aucune des victimes n’a vu la différence

Ses dix victimes ont toutes eu une peur bleue. Samir*, la carrure imposante, une cagoule sur la tête et une arme à la main, a semé la terreur dans des villas cossues de la campagne genevoise. Ce braqueur professionnel, qui a récidivé quinze jours après sa dernière sortie de prison et qui a eu le toupet d’agresser encore une fois la même famille, comparaît depuis lundi devant le Tribunal criminel. Le bagout intact, ce ressortissant tunisien, 36 ans dont une vingtaine passée derrière les barreaux, ne conteste pas grand-chose de ses méfaits mais relativise sa détermination.

Fin mars 2015, Samir a fait un retour remarqué sur son territoire de prédilection: Anières, Corsier, Collonge- Bellerive. Là où un brigandage, commis en 2011, lui avait déjà valu une peine de 5 ans et demi de prison. Pas de quoi décourager ce délinquant endurci dont le casier judiciaire comporte une quinzaine de condamnations. Un palmarès dont il dit ne pas être fier. Le prévenu explique son entêtement par la nécessité de rembourser une dette de 125’000 euros à des caïds du milieu qui lui avaient confié une quantité importante de cannabis.

Deux familles attaquées

La première cible de Samir, un habitant qui sortait promener son chien, a réussi à prendre ses jambes à son cou. Les autres ont eu moins de chance. Un père de famille raconte: «Ma vie a basculé un matin alors que je me rendais au travail. Je ne me suis pas rendu compte que son arme était factice. Ce pistolet n’avait pas l’air d’être un jouet. Il l’a pointé sur ma tête. On a dû se réunir dans la chambre avec ma femme et nos enfants. On était tétanisé.» L’épouse évoque aussi sa terreur tout en précisant que Samir la rassurait par moments en lui disant de ne pas s’inquiéter. Après s’être emparé d’un butin de quelque 43’000 francs, Samir a dit qu’il voulait un otage pour s’enfuir. Le fils de cette famille a été contraint de le conduire en voiture de l’autre côté de la frontière avant de pouvoir repartir. Une attente interminable pour ses parents.

Un mois plus tard, le prévenu est revenu pour attaquer la propriété d'un banquier où il avait déjà sévi il y a quelques années en emportant 400’000 francs. Cette fois, le contenu du coffre-fort était moindre mais l’effroi toujours aussi grand. Le malheureux jardinier, casque anti-bruit et visière sur les yeux, a vu débouler un grand gaillard armé et masqué et a dû le faire entrer. La femme de ménage, enceinte de six mois, a été contrainte d’accompagner tout ce monde à la cave. Enfin, la propriétaire des lieux a tout de suite reconnu son agresseur. «Il m’a appelée par mon nom.» Quant aux deux chiens de la famille, beaucoup trop gentils, ils ont assisté à toute la scène sans broncher. Là encore, Samir s’est fait conduire en France. «Il m’a dit qu’il me mettrait une balle si les choses se passaient mal», précise le jardinier qui a, selon l’acte d’accusation, fait office d’otage.

Détenu difficile

Pour couronner le tout, Samir est aussi poursuivi pour avoir proféré des menaces de mort à l’encontre du directeur de Champ-Dollon, Constantin Franziskakis, qui l’avait envoyé à l’isolement durant six mois. «Je veux faire tomber le directeur, le virer, c’est un fou, il se rend pas compte de ce qu’il fait et il va se prendre une balle dehors», aurait-il déclaré à une gardienne. «Je n’ai pas voulu dire balle mais baffe», précise le prévenu tout en reconnaissant avoir été excédé par le responsable de la prison. «Il ne me lâchait pas.»

Partie plaignante au procès, Constantin Franziskakis a souligné que c’est la deuxième fois qu’il porte plainte contre ce détenu. La première, il l’avait menacé de lui «couper la tête et de la déposer devant le portail». Le portrait de ce charmant personnage sera affiné ce mardi avec le psychiatre qui l’a examiné et l’inspecteur qui l’a pourchassé.

*Prénom fictif

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