Les professionnels devront mieux protéger les enfants

Maltraitance Dénoncer de mauvais traitements sera obligatoire

Le secret médical reste préservé

Alerter les autorités pour empêcher qu’un enfant en manque de soins ou victime de violences physiques, psychologiques ou sexuelles soit abandonné à son sort. Ce sera bientôt une obligation pour tous ceux qui travaillent avec des mineurs. Le Conseil fédéral a adopté mercredi un projet de loi qu’il transmet au parlement.

Les personnes exerçant une fonction officielle, comme les enseignants ou les travailleurs sociaux, sont déjà tenues d’aviser l’autorité de protection de l’enfant lorsqu’ils sont confrontés à un cas de maltraitance. La loi prévoit d’étendre cette obligation à d’autres cercles, comme les personnes travaillant dans les domaines de l’éducation, de la religion ou du sport. Certains cantons, dont Vaud et Genève, ont déjà pris ces mesures et, dans certains cas, le projet fédéral va moins loin. Seuls les professionnels sont concernés. Les entraîneurs bénévoles par exemple n’y seront pas astreints. Et les personnes soumises au secret professionnel, comme les médecins, psychologues ou avocats, auront le droit d’aviser et de collaborer, mais pas l’obligation.

François Héritier, vice-président de l’Association des médecins de famille et de l’enfance Suisse et médecin scolaire dans le district de Delémont, tient à ce que les médecins puissent faire une pesée d’intérêts. «La qualité d’une relation thérapeutique doit être basée sur la confiance. Ce qui ne signifie pas que le secret médical nous empêche d’agir. Lorsqu’un médecin est confronté à un cas de maltraitance, il peut se faire délier de ce secret par le patient même s’il est mineur. Il peut le convaincre qu’une dénonciation serait pour son bien, puis l’encadrer dans cette démarche», déclare-t-il. Il se souvient du cas d’une fillette abusée par son père. «Elle s’est confiée à une médiatrice et je ne suis intervenu qu’ensuite. Mais dans ce cas, la démarche de la fillette me déliait du secret médical», raconte François Héritier.

Les enseignants sont aussi bien placés pour parler de l’importance de signaler les cas auxquels ils sont confrontés. «Les cas que nous rencontrons le plus fréquemment sont ceux d’enfants qui arrivent en classe avec des blessures suspectes», explique Georges Pasquier, président du Syndicat des enseignants romands (SER). Mais encore faut-il en connaître l’origine et agir avec tact et discernement. «Les enfants, par loyauté envers leurs parents, disent qu’ils sont tombés. C’est très difficile de les faire parler», poursuit-il. D’où l’intérêt, selon lui, de travailler en réseau, avec les infirmières scolaires notamment, ou tous les thérapeutes qui gravitent autour des écoliers, pour se concerter avant d’agir. Et l’enseignant de regretter au passage les coupes budgétaires qui affectent l’éducation. «Actuellement, la tendance est de supprimer des postes. C’est dangereux car c’est autant de témoins potentiels en moins», affirme-t-il.

Mais il faut l’avouer, les cas détectés ne sont que le sommet de l’iceberg. «Selon les statistiques, il y aurait entre deux et trois victimes de maltraitance par classe. Il se passe donc beaucoup de choses en dehors du cercle scolaire qu’on ne voit pas. Les élèves développent aussi toute une stratégie pour ne rien laisser paraître de leurs difficultés», estime Georges Pasquier. Néanmoins, si la loi est adoptée, le Conseil fédéral prévoit qu’il y aura une augmentation des dénonciations.

«Les enfants, par loyauté envers leurs parents, disent qu’ils sont tombés»