Quel rôle Thomas Müller a-t-il joué dans la résolution de l'affaire «Mischa Ebner»? Depuis mardi, jour de l'arrestation du jeune homme de 27 ans, la question est récurrente. Le «profiler» autrichien, sommité mondiale du genre, avait-il deviné le profil du «tueur de minuit»?

Sur les lieux des crimes, a-t-il imaginé mentalement comment le cuisinier, dans la nuit du 31 juillet au 1er août, a grièvement blessé une première jeune femme à Bümpliz, avant d'en poignarder mortellement une autre deux heures plus tard à Niederwangen, alors que la victime rentrait chez elle?

De passage à Berne, vendredi, Thomas Müller, cheveux courts, jeans et cravate, a vite coupé court aux spéculations. «Non, dit-il, je n'ai pas de visions. Et si j'ai affirmé le 7 août lors de ma première rencontre avec la presse que l'enquête devait aboutir rapidement, c'est parce que ce que j'avais pu lire sur les différents lieux conduisait à penser cela. Je pensais aussi que l'agresseur rependrait contact (ndlr: il a déposé six colis à l'attention de la police) Mais je ne peux pas prédire l'avenir. Tout comme ce n'est pas moi qui ai résolu l'affaire. Mon rôle s'est limité à un travail d'appoint: établir le profil psychologique du meurtrier par une analyse des lieux des crimes.»

Un travail apparemment apprécié par la police bernoise: «Les informations fournies par M. Müller nous ont permis de mieux cibler nos recherches», confirme Peter Stätler, responsable de la cellule «Vie et intégrité corporelle» qui coordonne l'enquête.

Sur le profil psychologique, soit le rapport remis par ce Viennois de 38 ans aux enquêteurs au petit matin du 7 août, les deux hommes ne diront pas grand-chose – secret d'instruction oblige – mis à part qu'il avait déterminé le sexe et le type de métier de l'agresseur. Un proche de l'enquête affirme aussi que Thomas Müller a penché dès le départ pour la piste de l'agresseur unique.

Au moment d'expliquer la façon dont il est parvenu à ces conclusions, le spécialiste reste évasif: «Je me suis rendu deux fois, de jour et de nuit, à Bümpliz et Niederwangen. Puis à Bremgarten et Büren zum Hof, où deux agressions presque identiques se sont déroulées en début d'année. J'ai regardé les lieux, les possibilités de fuite, l'environnement nocturne… J'ai ensuite transmis ces informations à mon formateur du FBI qui se trouve actuellement à Mexico. Nous avons parlé longtemps. Nous avons confronté ces faits à d'autres survenus, notamment en Allemagne. Après une nuit blanche, nous étions d'accord pour penser qu'il existait un lien logique entre ces quatre cas. Celui-ci pouvait se lire dans la progression de l'intensité de la violence.»

Une conclusion qui n'a cependant rien d'une certitude. Car, pour l'heure, le spécialiste des courses militaires aujourd'hui derrière les barreaux n'a avoué que les faits de la tragique nuit. «Rien n'a encore été prouvé, Nous ne voulons pas entrer dans des spéculations de ce type», confirme Christian Brenzikofer, chef de la brigade spéciale I, l'unité en charge de ce genre d'affaires. Est-ce que cela signifie l'existence potentielle d'un deuxième individu? «Nous effectuons un vaste travail de vérification qui va bien au-delà des frontières du canton», lance pour sa part Olivier Cochet, porte-parole de la police bernoise.

Concrètement, les enquêteurs vont passer au peigne fin dans les prochains mois toutes les affaires similaires n'ayant pas été résolues. Une manière de vérifier si certaines d'entre elles n'ont pas été constatées dans les multiples régions où le cuisinier a habité depuis la fin de son apprentissage.

En effet, entre 1995 et 1999, le Thurgovien a changé six fois d'emploi, parcourant la Suisse allemande en long et en large, avant de s'arrêter à Berne. Les enquêteurs devraient aussi se pencher sur l'agression brutale d'une jeune femme, le 5 août à Bad Schinznach (AG), puisque la police argovienne semble affirmer que le signalement de l'auteur ressemble à celui du «tueur de minuit.»

Quant à Thomas Müller, il ne devrait plus intervenir dans l'enquête en cours. A-t-il le sentiment du devoir accompli? «Je ne peux pas juger mon travail», lance-t-il en souriant. Reste qu'après avoir rencontré l'homme dont il a cherché à déceler le «profil caché de l'âme», l'Autrichien a lancé: «Je ne suis pas surpris.»