A-t-on pris les réformes scolaires par le bon bout? Jeudi, sur l'arteplage d'Yverdon-les-Bains, au terme de deux heures d'échanges sur le thème des perspectives professionnelles dans l'enseignement, la question s'imposait d'elle-même. Depuis deux grosses décennies, les programmes scolaires ont été triturés, l'agencement des années remanié en cycles de toutes sortes, l'évaluation des travaux réinventée. A l'inverse, le cadre de l'école obligatoire est resté singulièrement statique, ses horaires notablement figés, et les maîtres demeurent largement ces généralistes passés des bancs au pupitre et voués à y rester, solitaires face à l'évolution des matières, et soumis à une hiérarchie départementale aussi forte que lointaine.

Mais cet avenir-là ne séduit plus. Constatant les difficultés de recrutement qui existent dans toute la Suisse, la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l'instruction publique (CDIP) créait l'an dernier déjà une «task force» chargée de se pencher sur l'image du métier d'enseignant. Ses responsables en ont tiré neuf thèses, qui étaient pour la première fois en discussion jeudi. Les politiciens se trouvaient en compagnie d'enseignants, de responsables syndicaux, de représentants de parents, de formateurs des écoles pédagogiques et de futurs maîtres.

Quant au cadre du débat, il était soutenu par quatre documentaires coproduits par la Télévision alémanique et la Fondation Avenir Suisse*. On y a vu une école qui commence dès 3 ans en intégrant vie quotidienne et apprentissages (Tessin); qui utilise systématiquement les ordinateurs (Trélex, Vaud); qui pratique l'immersion bilingue (Samedan, Grisons); et qui profite d'une autonomie d'établissement proche d'une logique d'entreprise (Bâle). Essais qui ne sont à vrai dire guère neufs pour ceux qui les vivent – celui de Bâle a commencé depuis presque une décennie – mais qui demeurent des exceptions à l'échelle des systèmes d'éducation helvétique.

Esprit de groupe

A elles toutes, ces expériences dessinent un enseignement basé sur un esprit de groupe et d'établissement, une responsabilité sociale précisée, et des compétences individuelles diversifiées. Bref, un travail moins singulier, plus proche d'autres métiers, et permettant donc une mobilité professionnelle. Globalement, une école dont on se dit – ainsi organisée – qu'elle aurait peut-être trouvé pour réformer le contenu de son enseignement des voies plus consensuelles. Sur le fond, ce tableau quelque peu idyllique n'est guère critiqué. L'ouverture au changement qu'il suppose n'a peut-être pas encore pénétré toute la base enseignante. Dans ses forces agissantes et parmi les politiciens, des notions comme une entrée plus précoce à l'école (Ernst Buschor, ZH, Anita Rion, JU), un travail d'équipe (Ulrich Fässler, LU), ou l'utilisation de la technologie (Martine Brunschwig Graf, GE) sont toutefois acquises. Reste la question des moyens. Les praticiens présents jeudi ont répété à l'envi que responsabilisation, ajustements de pratiques à plusieurs ou autonomisation des écoles demandaient du temps et de l'argent. Message résonnant comme un double écho aux revendications préventives des syndicats d'enseignants (Le Temps de mercredi) et à celles de la CDIP elle-même qui a vertement reproché jeudi à la Confédération de rogner les budgets voués à la formation.

* Rediffusés samedi 31 août sur DRS1, de 01 h 30 à 03 h 30 et de 10 h à 12 h.