La réforme de l’école vaudoise, ils n’en veulent pas. Ils, ce sont les onze membres du comité d’initiative «Ecole 2010: Sauver l’école» dont le texte a réuni plus de 15 000 signatures valables en 2008 et sur lequel les Vaudois devraient voter l’an prochain.

Le comité d’initiative est sorti de son silence mercredi, après que la ministre de l’Instruction, Anne-Catherine Lyon, a fait un pas en arrière pour son propre contre-projet de réforme de l’école. Elle risque bien de devoir abandonner l’idée de supprimer le redoublement et celle de créer des niveaux dans les classes. Mais les initiants n’en démordent pas et veulent que leur texte passe en votation.

Représentant des parents et des enseignants, certains d’entre eux sont opposés depuis plus de 20 ans aux directions que prend une école vaudoise qui ne cesse de chercher son chemin. Les initiants veulent notamment des «programmes annuels précis», un retour des notes pour les classes primaires, une préparation solide aux métiers et un retour aux «pédagogies de référence».

Profs fâchés

Après «Ecole vaudoise en mutation» (EVM) dans les années 1990 et les problèmes rencontrés autour des notes – suppression, puis réapparition pour certaines classes –, le Département de la formation a tenté plusieurs solutions. En première ligne pour les mettre en pratique face aux élèves, certains enseignants n’en ont plus voulu. Intarissable dès qu’il s’agit de parler de scolarité, Jean-François Huguelet est l’un d’eux. Il est le porte-parole du comité d’initiative et membre fondateur de l’Association vaudoise pour une école crédible (AVEC). Celle-ci regrouperait aux alentours de 300 membres et est à l’origine de l’initiative «Sauver l’école».

Le credo de ce prof de maths et d’économie à l’école professionnelle commerciale: ne pas revivre EVM. «La pédagogie actuelle est élitiste, estime Jean-François Huguelet. L’enseignant devient un coach de l’élève, qui doit construire son propre savoir.» Lui-même dit avoir eu des doutes très tôt sur la nouvelle pédagogie, déjà lors de sa formation dans les années 1990. «Je n’étais pas à l’aise avec la méthode enseignée.»

Discours chrétien

Plus étonnant dans cette coalition: l’Association vaudoise de parents chrétiens (AVPC), créée en 1979. «Nous avons été opposés durant toutes les campagnes aux réformes scolaires», souligne le président de l’association, Jean-Marc Berthoud. Défendant des valeurs traditionnelles de l’école, l’association s’était par exemple opposée à l’arrivée des cours d’éducation sexuelle, perçue comme «une croissante incitation à la débauche pour les jeunes». «Ce combat est ancien et n’a rien à avoir la campagne actuelle. Il serait dommage et malhonnête de faire l’amalgame», poursuit Jean-Marc Berthoud. «Notre association ne s’occupe pas uniquement des questions scolaires», souligne Laurence Benoit, membre de l’AVPC et du comité d’initiative. Elle tient d’ailleurs à préciser que les idées chrétiennes de son association, «proches d’une théologie classique», ne rejoignent pas forcément celles du reste du comité d’initiative.

«Les connaissances au centre, pas les élèves»

Celui-ci regroupe également des membres de l’Association des parents intéressés et concernés par la scolarité (ASPICS). Celle-ci réunit environ 250 membres et tente de faire contrepoids à la plus connue Association des parents d’élèves (APE). Cette ASPICS défend l’idée que «les connaissances, et non les élèves, doivent être au centre», souligne sa présidente, Jacqueline Lugrin, qui a officié comme experte pour les examens. «Par exemple, ils doivent apprendre à lire par le b.a.-ba, en déchiffrant des mots et non pas en les devinant. La méthode actuelle laisse les enfants avoir envie d’apprendre. Mais pour le vocabulaire allemand, c’est impossible.»

La moitié des enseignants

S’il ne regroupe que trois associations et aucun parti politique en tant que tel, le comité d’initiative est parvenu à se forger une place que plusieurs prennent au sérieux. «Ils ont un écho assez fort parmi certains collègues, principalement ceux qui se trouvent en difficulté avec quelques élèves qui posent problème», souligne Jacques Daniélou, président de la Société pédagogique vaudoise (SPV), qui regroupe 3100 enseignants. «Ils ont une vision simpliste des choses, une nostalgie d’un âge d’or de l’école, poursuit-il. Toutefois, je pense que la moitié de mes collègues du secondaire, sur tel ou tel élément, rejoignent leur position.»