A Genève, on ne touche pas à la culture. Sinon comment rendre compte de l’ébullition dans laquelle se trouvent les milieux concernés face à des coupes budgétaires de quelque 2,5 millions de francs? Un montant dérisoire à le comparer au budget culturel annuel de la Ville qui avoisine les 232 millions de francs. L’auteur de cette diminution linéaire de 2% sur les subventions et de 10% sur les fonds généraux destinés à la culture émergente?

La droite. Ou plutôt cette nouvelle droite (MCG compris) qui ne s’ôte pas le plaisir de rappeler qu’elle est désormais majoritaire au Conseil municipal. Certes majoritaire dans l’enceinte parlementaire, la droite risque pourtant de l’être beaucoup moins dans les urnes face aux référendums que lui a adressé une constellation d’associations culturelles qui n’ont pas du tout goûté ces coupes que la droite qualifie d'«indolores». Et pour cause, le cœur culturel de la deuxième ville de Suisse balance à gauche, sans compter qu’une frange de la droite demeure une consommatrice avide d’art lyrique, de théâtre et de musique classique.

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«On ne vient pas à Genève pour sa culture»

«Culture onéreuse et subventions automatiques destinées à nourrir un précieux électorat», la droite ne manque pas de missiles pour torpiller une politique culturelle laissée trop longtemps, pense-t-elle, dans les mains de magistrats de gauche. Pour autant, la droite a-t-elle un véritable programme culturel à offrir? «Il faut faire des choix, rétorque le conseiller municipal Adrien Genecand (PLR). C’est-à-dire renoncer à un arrosage systématique dans l’attribution des subventions, mettre en place des pôles d’excellence avec les autres cantons romands en promouvant, par exemple, l’opéra à Genève et la danse à Lausanne. Une chose est sûre, personne ne vient à Genève pour sa culture.»

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Sa collègue libérale-radicale Natasha Buffet-Desfayes critique, quant à elle, l’absence de lisibilité de la politique culturelle de la Ville, laquelle consiste à soutenir «une myriade d’associations sans résultats visibles ou qui ne touche pas le grand public». Encore des choix, milite Jean-Philippe Haas (MCG) qui estime que «l’argent est mal dépensé», tant il alimente de plus en plus le fonctionnement des associations et de moins en moins les artistes. «Il faut être beaucoup plus sélectif», avance l’élu sans proposer des pistes concrètes.

«Il faut avoir le courage d’opérer des choix clairs»

Il faut se tourner vers le nouveau maire de la Ville Guillaume Barazzone pour obtenir des éléments de réponse. «Tous les types de culture doivent être favorisés. Mais dans certains domaines, il faut avoir le courage d’opérer des choix clairs.» Un exemple? «Le cinéma, réplique le démocrate-chrétien. Nous avons sept festivals de cinéma à Genève, dont six sont subventionnés par la Ville et touchent autant de budget que Locarno. On pourrait concentrer notre soutien à deux d’entre eux: le Festival du film et forum international sur les droits humains et le festival «Tous Ecrans». Nous aurions ainsi plus d’argent et de visibilité à apporter à ces manifestations qui apportent une véritable plus-value dans le paysage des festivals suisses et européens.»

Une culture genevoise qui ne «brille nulle part», qui «coûte cher» et qui ne fait «aucun choix» sauf celui de subventionner celui qui s’est donné la peine de réclamer son dû: la droite montre les dents et le chemin à suivre sans véritablement expliquer comment elle compte y arriver. Si la somme amputée est avant tout symbolique aux yeux de milieux culturels, sauf pour les petites structures, l'«agression frontale» de la droite, elle, est bien réelle.

La Ville de Genève consacre 1155 francs par habitant pour la culture

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Et rien n’indique que cette dernière ne cesse de poursuivre son dessein, brandissant ses chiffres comme un étendard. En 2016, le budget culturel de la Ville de Genève s’établit à 1155 francs par habitant, selon nos calculs, ce qui la place juste devant Bâle-Ville. Mais rapporté à la population du canton, bénéficiant elle aussi de l’offre de la Municipalité, ce chiffre descend à 474 francs. Si ces statistiques peuvent varier fortement selon la méthodologie retenue, un constat est partagé par tous: Genève est la ville qui consacre à la fois le plus d’argent à la culture et la plus grande partie de son budget, soit près d’un cinquième de ses dépenses.