Projet gazier avorté à Neuchâtel, avancée géothermique dans le Jura

Les forages profonds, à quelque fin que ce soit, sont une succession d’échecs jusqu’ici en Suisse. Deux expériences de géothermie profonde ont ainsi avorté: à Bâle en décembre 2006, à Saint-Gall en juillet 2013. Les deux fois à la suite de tremblements de terre.

Un autre projet a échoué, au printemps 2014, dans le canton de Neuchâtel. Le forage préconisé par la société londonienne Celtique Energie, à 2300 mètres de profondeur, visait à vérifier qu’il existe bien une poche contenant du gaz naturel, 20 millions de mètres cubes escomptait-elle, l’équivalent de la consommation suisse durant sept ans. Par 73 voix contre 35, le Grand Conseil neuchâtelois a voté un moratoire de dix ans, tuant dans l’œuf le programme de Celtique Energie. Sa tare majeure: perforer le sous-sol à Noiraigue, dans la commune de Val-de-Travers, à proximité immédiate de la principale source d’eau potable du canton, l’aquifère de l’Areuse, qui alimente 100 000 personnes et notamment les villes de Neuchâtel et de La Chaux-de-Fonds.

Celtique a eu beau jouer la transparence, mandater l’ancien ambassadeur Thomas Borer, produire des études indépendantes prétendant que le risque d’interférence entre son forage et l’aquifère était «négligeable», promettre que l’exploitation du gaz naturel créerait une centaine d’emplois et que les royalties et les impôts rapportaient un demi-milliard de francs au canton et à la commune de Val-de-Travers, «tout risque d’affecter l’approvisionnement en eau potable n’est pas tolérable», ont décrété les opposants. Les timides soutiens des ministres de l’époque, Claude Nicati puis Yvan Perrin, n’y ont rien fait. Entre l’eau potable et un hydrocarbure jugé démodé, le choix a été radical et définitif. La filiale neuchâteloise de Celtique Energie vient d’être dissoute.

5 kilomètres sous la Sorne

Un autre projet est, lui, en bonne voie dans le Jura. Après un accord de principe du parlement cantonal, le gouvernement jurassien et la commune de Haute-Sorne viennent de valider un plan spécial, qui a valeur de permis de construire, pour un forage exploratoire de géothermie profonde à 4000, voire 5000 mètres, entre les villages de Glovelier, Bassecourt et Berlincourt. Le programme est porté par la société Geo-Energie Suisse, aux mains de sept actionnaires dont les Services industriels de Zurich, Bâle et Berne. C’est elle qui menait le projet bâlois de 2006 et affirme en avoir tiré les leçons. Dans le Jura, où l’accueil est globalement favorable, elle entend forer jusqu’au cœur de la roche cristalline – qu’elle utilisera comme chauffe-eau –, y constituer un réseau de fractures horizontales en y injectant de l’eau sous pression (avec le risque de déclencher de petits séismes), puis pomper cette eau – qui aura vu sa température grimper jusqu’à 150 degrés – pour produire de l’électricité.

A l’horizon 2020, la centrale géothermique de Haute-Sorne, d’une puissance de 5 mégawatts, pourrait alimenter en ruban continu 6000 ménages. Geo-Energie compte faire de son projet jurassien un modèle qu’elle reproduirait sur d’autres sites du Plateau suisse. Elle se montre méticuleuse et est prête à investir 100 millions dans le Jura.

Pour rassurer, la société joue la transparence et va au contact de la population. Elle n’a pas rechigné à satisfaire aux 136 conditions fixées par le canton du Jura et ses experts. Elle devra utiliser les techniques les plus sophistiquées, pour réduire les nuisances en surface, notamment le bruit, et maîtriser autant que faire se peut le risque sismique. A l’inverse de Bâle où elle était massive, la stimulation de la roche se fera à petites doses successives.

Pour prouver que son projet est sérieux, Geo-Energie se targue d’avoir convaincu une compagnie d’assurances de signer une police RC susceptible de couvrir, jusqu’à 100 millions de francs, d’éventuels dommages provoqués par un séisme.

Le forage exploratoire est programmé en 2017. Pour autant que les 33 opposants qui ont refusé la conciliation, des voisins du site peu organisés et sans soutien politique, ne multiplient pas les procédures juridiques.