«Sans avenir agricole, pas d'avenir touristique.» Invoquant le tétras-lyre, «ce petit coq» qui disparaîtrait à mesure que la forêt regagne du terrain, Wilhelm Schnyder, ministre valaisan des Finances, mais aussi de l'Agriculture, a peut-être prononcé hier des paroles historiques. Présentant un projet pilote destiné à servir de modèle, de 2005 à 2008, à la future politique agricole de la Confédération qui sera mise en place dès 2008, le conseiller d'Etat et ses collaborateurs n'ont en effet pas eu de mots assez forts pour vanter les mérites de ce «tourisme doux» et de cet «agrotourisme», objets jusqu'ici en Valais de tous les sarcasmes.

Potentiel environnemental

Que le val d'Hérens ait été choisi pour bénéficier des mannes fédérales – et cantonales – n'a rien d'étonnant: sous l'impulsion principalement de la commune de Saint-Martin, les projets allant dans ce sens s'y sont multipliés ces dernières années, le plus spectaculaire étant celui de la résurrection des hameaux de Grefferic et Ossona, sur la commune de Saint-Martin, abandonnés il y a quarante ans. Au total, 21 projets seront subventionnés avec mission, selon Gérald Dayer, chef du Service cantonal de l'agriculture, «de maintenir une activité agricole rentable dans les communes du val d'Hérens et de valoriser le potentiel environnemental de la vallée en direction d'un tourisme estival de randonnée».

Un fusil à plusieurs coups, donc, même si, au Vieux Pays comme ailleurs, certains ont été un peu lents à la détente: Gérard Morand, le président de Saint-Martin, raconte que sa commune faisait partie en 1997 des fondateurs d'Alliance dans les Alpes, un groupement international de communes alpines s'engageant sur la voie du développement durable, et qu'elles n'étaient alors que 27 contre plus de 180 aujourd'hui.

Les projets, subventionnés pour un total de 7,6 millions de francs (2,6 millions provenant de la Confédération, 2 millions du canton et le reste à charge des communes et des privés), se répartissent en plusieurs catégories: remise en état de terres en friche sur les communes de Saint-Martin, Hérémence et Vex, aménagement de gîtes ruraux à Evolène, Hérémence et Vernamiège, site agrotouristique à Ossona, circuit et mise en réseau des alpages de la vallée, d'Evolène à Nax, avec locaux de vente, ainsi que des sentiers pédestres, équestres et VTT pour un tour du val d'Hérens, etc.

Gérald Dayer insiste sur l'aspect «mise en réseau» de ces projets: «Jusqu'ici, nous subventionnions des projets isolés. Dorénavant, nous allons subventionner moins, mais mieux.» Ce développement rural et régional est aussi censé, à travers «la valorisation des produits locaux» ou «les services de l'agrotourisme», offrir de substantiels débouchés et donc représenter un «frein à l'exode». Gérald Dayer a rappelé qu'Hérens était le district valaisan «où les plus de 80 ans sont les plus nombreux».

Et c'est ainsi que le tétras-lyre pourrait bien n'être pas le seul gagnant de ce virage ruralo-touristique. Wilhelm Schnyder a cité en contre-exemple «les vallées désertées de l'Italie du Nord» et promis le même sort, si rien n'était entrepris, «dans le Lötschental, le val d'Illiez, les vallées de Saas et de Conches», où l'on connaîtrait déjà des «problèmes de progéniture»: «On voit des communes de plus de 1000 habitants n'enregistrer qu'une seule naissance par année.»

Enfin, Markus Wildisen, responsable de la section améliorations foncières à l'Office fédéral de l'agriculture, a rappelé qu'il existait un deuxième projet pilote à Brontallo, dans le val Maggia, avant d'énumérer les critères qui avaient déterminé le choix des deux régions: «Des acteurs sur place qui aient de bonnes idées et des communes ouvertes à l'innovation.»