«Notre projet verra le jour. Que ce soit dans ses dimensions actuelles ou à une autre échelle, que ce soit à l'Expo ou ailleurs. Certains projets sont des coups d'éclat. D'autres, comme le nôtre, ont un message à transmettre. Et nous ne renoncerons pas à dire ce que nous avons à dire.» Comme les autres membres de l'équipe à l'origine du projet «Identités mobiles», le directeur de la Fondation Braillard Architectes, Ola Söderström, ne s'est pas laissé abattre par le retrait inopiné du sponsor Orange la semaine dernière, même si ce fut un «coup dur». «Cela nous a mis dans une situation problématique. Ne serait-ce que parce que ce partenaire finançait les salaires des gens qui travaillent sur le projet.» A ce stade, la balle est dans le camp de l'Expo: «Elle peut décider de maintenir le projet tel quel, c'est-à-dire avec un budget de 9,2 millions, ce qui laisse le problème du financement entier. Elle peut aussi décider de tout mettre à la poubelle.» A la Fondation Braillard, on pense qu'il existe une deuxième possibilité: garder l'essentiel «d'Identités mobiles», mais changer d'échelle, en réalisant un projet dont ses concepteurs estiment le budget entre 500 000 et 1 million de francs, en fonction de ce qui serait gardé (lire ci-dessous).

«Grosse machine»

Lorsque la première ébauche d'«Identités mobiles» qui s'appelait alors «Hors sol?» fut présentée à Expo.01 en 1997, puis retenue en 1998, elle était budgétée à 730 000 francs: «Nous sommes ensuite entrés dans le système Expo et sa logique des gros sponsors. Nous nous sommes retrouvés avec une grosse machine, des architectes, des techniciens et un budget de 9,2 millions de francs.»

Puis Orange est arrivé. Contactée en mai 1999, l'entreprise de téléphonie est formellement entrée dans le projet en janvier 2000. «Dans ce cas, le mariage entre économie et culture voulu par Martin Heller s'est bien passé», relève Ola Söderström. Jusqu'à son retrait, l'ex-partenaire a largement participé aux discussions dont est né le projet actuel, qu'Ola Söderström qualifie d'«objet frontière»: «Il n'y a pas eu de compromis forcé. Mais nous sommes parvenus à quelque chose dans lequel tout le monde se reconnaissait, même si les uns et les autres ne le comprenaient pas de la même façon.» Dans ce processus l'entreprise est restée en retrait quant au contenu: «Ils ont fait quelques propositions. Mais ce projet est le nôtre. L'essentiel de ce que nous voulions y est et nulle part Orange n'y fait sa pub. Le fait qu'il y ait dans ce projet des contenus et des technologies dans lesquels ils se reconnaissaient leur a suffi.»

Sauver le projet

A en croire Ola Söderström, Martin Heller s'est dit plutôt intéressé par la proposition de redimensionner le projet. «Nous étudions toutes les possibilités, parce que nous voulons sauver ce projet», confirme de son côté la porte-parole d'Expo.02, Marina Villa. Difficile en revanche de savoir si une telle solution pourrait être envisagée dans d'autres cas d'expositions en mauvaise posture, «Martin Heller se refusant à spéculer sur les autres projets». Seule certitude, la méthode ne sera en tout cas pas appliquée aux projets laissés en sursis par l'Expo, pour lesquels on en restera au «tout ou rien».

S'ils continuent de penser qu'«Identités mobiles» a sa place à l'Expo, ses concepteurs – parmi lesquels le conservateur du Musée de la main de Lausanne, Franco Panese, et l'architecte Laurent Chenu – ne sont pas à court d'imagination pour mettre au monde leur projet. La Fondation Braillard se tournera vers les villes, vers les médias électroniques ou encore vers les musées, avec lesquels elle a constitué des réseaux. Reste que, pour Ola Söderström, la situation d'«Identités mobiles» démontre que, malgré la définition d'un programme de base, une question reste entière: «Le contenu de l'Expo doit-il dépendre des stratégies marketing de multinationales et de fluctuations boursières?»