Le serpent de mer de la politique fribourgeoise s'est fendu d'une nouvelle ondulation. Le rocambolesque dossier du pont de la Poya, qui doit désengorger le quartier historique du Bourg, a connu hier matin son énième rebondissement. L'ouvrage doit relier le quartier résidentiel du Schönberg à la zone sportive de Saint-Léonard située de l'autre côté de la Sarine. Après plusieurs variantes jetées à la poubelle en raison d'oppositions multiples, le conseiller d'Etat Claude Lässer a gommé les premières esquisses et repris le tout (presque) depuis zéro.

Rappelons que les toutes premières réflexions sur cette traversée remontent à 1959 déjà. Le projet actuel, qui a fait l'objet d'un concours architectural, a même été mis à l'enquête en 1999. Selon le calendrier de l'époque, l'ouvrage haubané et son tunnel, estimés à plus de 100 millions de francs, auraient dû voir le jour en 2007 déjà. Aujourd'hui, les Services des ponts et chaussées avancent avec circonspection l'horizon 2014…

Les Fribourgeois attendront donc une nouvelle décennie pour bénéficier des effets positifs du pont. Enjambant la Sarine sur 860 mètres depuis le Schönberg et se terminant par un tunnel de 262 mètres à Saint-Léonard, l'ouvrage vise trois objectifs. Il permettrait tout d'abord de désengorger le centre-ville autour de la cathédrale en y interdisant le trafic de transit. La mesure diviserait par dix le nombre de véhicules circulant chaque jour dans le quartier historique du bourg. Conséquence directe: la vitesse commerciale des transports en commun serait considérablement améliorée entre le Schönberg et la gare de Fribourg. Quant au centre historique, son accès serait alors autorisé aux seuls bus, cyclistes, piétons et résidents. La priorité aux transports publics serait également donnée sur la rive gauche avec des feux de signalisation qui réguleraient l'entrée dans la capitale. Enfin, le pont permettrait aux habitants du Schönberg d'accéder à l'autoroute sans transiter par le centre-ville.

Le bout du tunnel?

Et après les échecs de nombreuses variantes, Claude Lässer a dit espérer «voir enfin de bout du tunnel». La Commission fédérale des monuments historiques et la Commission cantonale des biens historiques avaient jusque-là posé leur veto sur un tracé qui mettait en péril l'ordonnancement du parc de la Poya. Après les accidents aux tunnels du Mont-Blanc et du Saint-Gothard, certaines normes de sécurité ont également changé. L'obligation de prévoir une voie de circulation sans obstacle juste après la sortie d'un tunnel avait également condamné plusieurs études préliminaires. Les exigences de la ville de Fribourg pour le développement de sa zone sportive ont enfin donné quelques cheveux gris aux responsables du Service des ponts de chaussées. Mais aujourd'hui, les principaux opposants au projet ont donné leur accord à la nouvelle mouture. Ni le parc historique de la Poya ni l'expansion sportive de Fribourg ne sont menacés par le nouveau tracé.

Reste une inconnue. Le pont, plus long que lors des versions précédentes, se transforme en tunnel juste en dessous d'une zone de villas. Si une information à déjà été donnée, c'est peut-être de ces propriétaires que pourrait surgir une nouvelle menace pour le pont.