Raté. Ce n'est pas encore en 2005 que l'atomisation de l'instruction policière vaudoise prendra fin. Présidée par la municipale lausannoise Doris Cohen-Dumani, la Conférence des directeurs des polices municipales vaudoises (Cdpmv) a fait savoir hier qu'elle renonçait à envoyer ses aspirants à l'Académie de police qui doit s'ouvrir en mars prochain à Savatan, à la frontière des cantons de Vaud et du Valais. L'école de Lausanne, installée dans la caserne des agents municipaux, sera prolongée d'un an. Les installations mises à disposition par l'armée dans la petite localité perchée dans la montagne ne serviront qu'aux gendarmes vaudois et aux forces de police valaisanne.

La Cdpmv justifie son revirement par les doutes qui planent sur la reconnaissance de l'école de Savatan. Celle-ci n'est à ce jour pas assurée de pouvoir délivrer le brevet fédéral de policier, qui garantit la mobilité professionnelle des futurs agents. En outre, dit le communiqué de la Cdpmv, «les autres cantons n'ont pas adhéré. Le projet, qui devait être fédérateur, ne l'est plus.»

La militarisation prétexte

En fait, cette rupture est l'aboutissement de tensions qui montaient depuis des mois (LT du 20.12.2004). Dans la capitale vaudoise, on supporte mal de perdre au gré de la réforme «Police 2000» un certain nombre de prérogatives sécuritaires. L'école, qui représente le socle d'une meilleure intégration des deux corps, était la première visée. Sa soi-disant «militarisation» a servi de prétexte, alors que son éloignement de Lausanne est bien plus fondamental pour comprendre son rejet. Le volontarisme des Vaudois, qui ont foncé à Savatan en dépit des réticences des autres cantons romands, a fait le reste.

Ex-chef du Département de la santé et nouveau chef du Département de la sécurité, Charles-Louis Rochat n'est pas dupe: «La certification de l'école est l'outil qui a servi à déstabiliser le projet.» Pas question de renoncer pour autant. L'école ouvrira en mars, reste à savoir avec combien d'aspirants. «Je n'en fais pas un clash, je constate que c'est comme pour les hôpitaux, dès qu'il s'agit de regrouper il y a des résistances.» Il promet de reprendre son bâton de pélerin au plus vite. Après tout, la Cdpmv se dit acquise «à une formation unifiée à l'horizon 2006».