Par conviction ou par souci de sauver l'«essentiel» du projet de Ruth Metzler, les radicaux et démocrates-chrétiens interrogés ci-après pensent préférable de renoncer à l'acquisition automatique de la nationalité suisse, droit qui serait réservé aux étrangers de la troisième génération. La position du conseiller aux Etats Bruno Frick (PDC/SZ) résume l'avis général: «Cette notion d'automaticité me laisse sceptique, par contre je suis tout à fait favorable à une naturalisation grandement facilitée.» L'introduction éventuelle d'un droit de recours constitue un autre point de friction. Mais tous plébiscitent l'idée d'une procédure de naturalisation facilitée pour la deuxième génération.

Voici, pour rappel, les trois axes du projet de révision de la loi sur la naturalisation, dévoilé mercredi par la cheffe du Département fédéral de justice et police (DFJP) et mis en consultation jusqu'au 15 mai. Le premier, qui constitue la principale innovation, concerne la troisième génération (enfant(s) dont les parents étrangers sont nés en Suisse ou qui y ont accompli la majeure partie de leur scolarité); le deuxième est la naturalisation facilitée, qui s'adresse à la deuxième génération (les étrangers nés en Suisse ou y ayant fait la plus grande partie de leur scolarité) – les procédures d'acquisition de la nationalité, aujourd'hui fort différentes d'une commune à l'autre, seraient harmonisées ainsi que les frais qui en découlent; le troisième axe est l'introduction d'un droit de recours pour tout étranger dont la demande de naturalisation aurait été rejetée par l'instance décisionnelle (commission ad hoc, parlement cantonal ou citoyens de la commune).

Le conseiller national Josef Leu (PDC/LU) se veut réaliste. «Il faut tenir compte des traditions communales. A ce titre, le droit de recours est problématique. J'ai de la peine à admettre cette innovation, alors que par ailleurs on prévoit, fort légitimement, de faciliter la naturalisation de la deuxième génération. Faisons attention à ne pas dépouiller les communes de leurs compétences.» Le député lucernois, à qui l'on oppose le cas de discrimination patente survenu à Emmen (LU) l'an dernier, précise sa pensée. «Toute discrimination est inadmissible, affirme-t-il. La procédure de naturalisation doit reposer sur des critères qui mesurent le degré d'intégration des étrangers. Il s'agit de constater s'ils ont assimilé notre culture ou s'ils sont prêts à le faire. La maîtrise d'une des langues nationales ne suffit pas. Nous ne pouvons admettre que la naturalisation facilite l'islamisation d'un groupe de personnes auparavant étrangères.»

Le conseiller aux Etats Simon Epiney (PDC/VS) approuve l'ensemble du projet de Ruth Metzler, mais lui aussi demande à ce qu'on ne braque pas les communes et les conseils de bourgeoisies par l'introduction d'un droit de recours qui risquerait de les priver de toute compétence réelle. «Le précédent projet de naturalisation facilitée, soumis en 1994, a été rejeté à cause du mécontentement des communes», estime le sénateur qui, promet-il, se battra pour la révision.

«Déficeler le paquet»

Le secrétaire général du Parti radical, Guido Schommer, pense qu'il vaudrait peut-être mieux «déficeler le paquet de Ruth Metzler». «La priorité des priorités, dit-il, c'est la naturalisation facilitée de la deuxième génération.» Guido Schommer n'est lui-même pas opposé à ce que la troisième génération acquière la nationalité suisse automatiquement, mais sans doute serait-ce politiquement plus habile d'«exiger des parents qu'ils produisent une lettre la demandant pour leur(s) enfant(s)». Le secrétaire général est plus sceptique sur le droit de recours. «Il faudrait ôter cette mesure du projet.» Le conseiller national Claude Frey (rad./NE) n'est pas d'accord. Il soutient l'introduction d'un tel droit mais souhaite, par principe, que la naturalisation de la troisième génération soit précédée d'une simple demande, rien de plus.

L'Union patronale suisse (UPS) approuve pleinement, à ce stade, les intentions de Ruth Metzler. Peter Hasler, son directeur, n'a qu'un léger doute sur l'automaticité de la naturalisation. «Les parents, préconise-t-il, doivent avoir le choix de donner ou non la nationalité suisse à leur(s) enfant(s).»