La tension monte à Sainte-Croix, capitale du «Balcon du Jura». Le projet d'implanter sept éoliennes au Mont des Cerfs et à la Gittaz échauffe les esprits. Car ces moulins à vent de l'époque contemporaine, hauts comme la flèche de la cathédrale de Lausanne, porteraient atteinte à la quiétude des pâturages. Les voisins craignent le bruit provoqué par le chuintement des pales et leur effet stroboscopique sur les génisses! D'autres, favorables, y voient une source d'énergie renouvelable et un attrait touristique. Le Conseil communal (législatif) de Sainte-Croix décidera le 5 juillet s'il veut aller de l'avant.

Oppositions

chaux-de-fonnières

De son côté, la commission d'urbanisme de La Chaux-de-Fonds refuse d'ores et déjà toute hélice sur son territoire. Argument: les économies d'énergie réalisées dans cette ville de 38 000 habitants sont équivalentes à la production de 60 éoliennes… Responsable de l'urbanisme à La Chaux-de-Fonds, Frédérique Steiger-Béguin, est opposée aux éoliennes que l'ENSA (électricité neuchâteloise SA), avec le soutien du Service cantonal de l'énergie, aimerait installer sur les hauteurs. «Les éoliennes produiraient 0,34% de la consommation de la ville. Si 10% des immeubles étaient équipés de capteurs solaires, on économiserait déjà 8 éoliennes!»

Des clients sont pourtant prêts à payer leur kilowatt/heure (kWh) de 15 à 20 centimes plus cher pour consommer une énergie «propre». ENSA propose d'ailleurs, l'acquisition d'électricité éolienne produite par Juvent, au-dessus de Saint-Imier. A ce jour, plus de 400 particuliers se sont engagés. La part de l'énergie souscrite est passée de 400 kWh en 1997 à 345 000 kWh cette année. La progression, plus que la consommation microscopique, constitue un beau succès.

Frédérique Steiger-Béguin n'arrive pas à se réjouir. Sourire en coin, elle explique que «les éoliennes sont inscrites dans l'âme des électriciens, car tous ont eu un tourniquet sur leur pousse-pousse quand ils étaient petits…». Directeur de l'ENSA, Jaques Rossat réplique que «le canton veut avant tout diversifier ses sources d'énergie renouvelables».

Le kWh deux fois plus cher qu'une station hydraulique

A Sainte-Croix, il est question de planter 7 éoliennes dans les pâturages. L'axe de l'hélice se situerait à 70 mètres, et il faudrait encore compter le rayon de la pâle de 30 mètres de diamètre, soit une hauteur de 100 mètres environ. Investissement: de 25 à 30 millions de francs, pour produire 10 millions de kWh. Au moins deux fois plus cher qu'une station hydraulique de même puissance sur une rivière…

Une association combat le projet de Sainte-Croix. Ses membres les plus actifs sont deux propriétaires d'immeubles qui pourraient se retrouver à 400 mètres du futur parc des éoliennes de la Gittaz. Olivier Lador proclame que «si les 3000 éoliennes prévues dans le programme Energie 2000 étaient construites, elles ne produiraient que 3,4% de la consommation du pays d'ici 2020…».

Délégué de Pro-Natura dans la région de Sainte-Croix, René Tanner n'est pas effrayé par l'atteinte au paysage. «Nous avons pesé le pour et le contre. Si, grâce aux éoliennes, on peut restituer de l'eau aux rivières, tant mieux.» Quant au syndic du village, Luc Martin, il confirme que la municipalité défendra ce projet, car il vaut la peine de poursuivre les études entreprises par Interwind à Zurich et le bureau d'architectes Gonthier de Berne, sur mandat de l'Office fédéral de l'énergie et de l'Etat de Vaud. La participation de la municipalité est modeste pour l'instant: 30 000 francs, «mais cela permettra d'ouvrir le débat dans la perspective d'une mise à l'enquête publique», note Luc Martin.

Pour le financement, il faudra encore convaincre des partenaires potentiels, dont Romande énergie, l'ex-Compagnie vaudoise d'électricité, dont la direction montre «seulement un intérêt poli au projet», selon un membre de la commission d'étude. Avec l'ouverture des marchés de l'électricité, la compagnie a sans doute d'autres moulins à vent à combattre.

Rémy Freimuller, directeur de l'énergie, trouve le projet gigantesque. «Nous ne serions que les distributeurs du courant produit, qui n'alimenterait que la moitié du village de Sainte-Croix.» Rémy Freimuller est d'accord d'acheter le courant, mais pas à 16 ou 20 centimes le kWh, prix de revient de l'énergie éolienne: «Dans tous nos projets nous envisageons un prix de 4 à 4,5 centimes», précise-t-il. Il faudra donc trouver des clients d'accord de payer cette énergie verte avec un supplément de prix. Et la Confédération devra financer le manque à gagner.