Une société de Sion, travaillant principalement dans la promotion immobilière, a été victime d'une tentative de chantage menée par deux Français de 20 et 21 ans. Etudiants, ils ont été arrêtés le 13 mars dernier. Tout a commencé le 16 février, lorsque leurs locaux étaient la cible d'un incendie à l'évidence intentionnel. Un homme et un bébé avaient été incommodés par la fumée et évacués à l'hôpital.

Deux jours plus tard, le responsable de la société, dont le siège principal est à Lausanne et une succursale Genève, a reçu deux disquettes, postées la veille au bout du Léman. Elles contenaient des menaces contre les collaborateurs et leurs familles, ainsi qu'une demande d'argent.

«Nous espérons que l'acte de Sion a suffisamment attiré votre attention», déclaraient les racketteurs, qui demandaient 25 000 livres anglaises. Ils précisaient les conséquences d'un refus: «Nous nous manifesterons dans les jours qui viennent en abattant deux de vos employés ainsi que leur famille. La somme à acquitter passera alors à 100 000 £ et nous nous verrons dans l'obligation d'informer la presse de vos décisions plus que négatives. […] Nous ne serons pas indulgents quant aux dommages collatéraux non voulus par votre propre personne. Si nous apprenons que vous avez contacté une quelconque force policière, vous vous exposerez à des sévères représailles.»

Le promoteur n'a cependant pas suivi cette recommandation. L'enquête a été confiée au juge d'instruction du Valais central, Yves Cottagnoud, qui a demandé la collaboration des polices vaudoises et genevoises, ainsi que de l'Office central de la répression du banditisme à Paris. Car la menace venait de France. Pour remettre la somme, un premier rendez-vous a été fixé en le 2 mars. Mais il a échoué «suite à un problème technique de dernière minute», écrit la police cantonale valaisanne. Une deuxième tentative a eu lieu le 13 mars à Montpellier, où l'un des malfaiteurs s'est fait cueillir. Son complice a été arrêté le lendemain à Paris.

Les raisons de ce racket ne sont pas encore totalement éclaircies. On ne sait pas non plus si cette opération était un coup d'essai. Pour le promoteur, tout est parti d'un malentendu: «Mon fils est passé sur TF1 lors d'une émission consacrée aux conditions d'émigration en Suisse. Il semble que ces jeunes gens l'ont vue et qu'ils en ont déduit que c'était une «grosse boîte», alors qu'en fait nous ne sommes que deux.»

La suite est simple, un des comparses est venu à Sion, a trouvé l'adresse de la société et a mis le feu à l'immeuble. Il a ensuite envoyé les disquettes en demandant de rester en contact par e-mail sur hotmail.com sous les pseudonymes «borisivanov26» et à une adresse électronique intitulée «yvladenko»: c'est ainsi que, dans un premier temps, la mafia russe a été suspectée, mais les recherches sur Internet ont permis de localiser les malfaiteurs en France.

Quant à la demande de rançon en livres sterling, elle demeure inexpliquée: «Peut-être disposaient-ils d'un moyen de contrôle pour savoir si une telle somme exigée en coupure de 50 £ et en provenance directe de la Banque d'Angleterre avait été changée en Suisse», remarque le promoteur. Les deux auteurs, non extradables, seront jugés en France.