«Un projet délirant parmi d'autres.» Telle a été la première réaction d'Olivier Kernen, le syndic socialiste d'Yverdon-les-Bains, lorsqu'il a pris connaissance du projet de Centre mondial de l'environnement imaginé par les trois créateurs franco-britanniques de Projet 2000 (Le Temps des 1er et 2 juillet). Mais c'était il y a deux ans déjà, dans le cadre des préparatifs d'Expo.01, dont les responsables ont vu défiler «tant de choses magnifiques, irréalistes et sans financement». La ville vaudoise n'en a pas moins pris la décision, avec ses partenaires du parc scientifique et technologique Y-Parc, de réserver provisoirement des terrains, afin que les promoteurs puissent mener leurs études de faisabilité tranquillement. Entretien.

Le Temps: Qu'est-ce qui vous a conduit à prendre ce projet au sérieux?

Olivier Kernen: Le fait que contrairement à l'Expo, il soit conçu pour durer. Et qu'il soit consacré à l'environnement, une matière dont on parle beaucoup mais qui est peu utilisée. C'est un créneau exceptionnel à utiliser sur le plan international.

– N'avez-vous pas été heurté par le gigantisme du projet?

– Ce ne sont pas des choses qui m'affolent a priori. En Suisse, on a l'habitude de partir d'un kiosque de quartier, qu'on agrandit par la suite. Les promoteurs de Projet 2000 partent très, très grand, c'est vrai. Mais les études de faisabilité diront comment dimensionner le projet dans la réalisation. Le côté mégalo a du bon: il tape à l'œil, proclame l'ambition internationale.

– La vie à Yverdon-les-Bains subirait-elle de grands changements?

– N'imaginez pas que toute la ville serait bouleversée. Le projet utiliserait beaucoup de terrain (35 hectares) et créerait un millier d'emplois. Mais souvenez-vous que Paillard à la grande époque a occupé jusqu'à 2000 personnes. Il faudrait aussi des structures adaptées à recevoir deux millions de visiteurs par an. Cela paraît énorme, mais une cité comme Morat en reçoit chaque année la moitié. Nous avons déjà des travaux en cours: à la faveur d'Expo.01, le Conseil communal vient de voter 10,5 millions de francs pour réaménager toute la place de la Gare.

– Voulez-vous donner une nouvelle image à Yverdon?

– Pas du tout. Le centre de l'environnement collerait parfaitement à l'orientation touristique et proche de la nature que la ville s'est donnée depuis qu'elle a pris le nom d'Yverdon-les-Bains en 1977. Mais le tourisme vert présente encore un grand potentiel dans la région, et ce projet apporterait une notoriété qui rejaillirait sur l'ensemble du pays. Encore faut-il qu'il soit admis par tout le monde, le grand public, le milieu académique et les défenseurs de l'environnement.

– Justement, les promoteurs n'ont pas de liens particuliers avec le monde de l'environnement…

– J'ai rencontré les trois auteurs du projet, qui m'ont paru motivés, responsables et chaleureux. Par leurs contacts avec le monde universitaire notamment, ils ont perçu ce phénomène de valorisation du monde de l'environnement. Vous savez, je crois que tout le monde est écolo dans l'âme. Eux recherchent en plus des synergies avec le monde des affaires, dans lequel ils vivent.

– Comment évaluez-vous les possibilités de financement?

– Le financement par emprunt obligataire tel qu'il est envisagé serait tout à fait nouveau, mais il paraît que cela a fonctionné ailleurs. Mais je vous dirais que c'est leur problème! Le montage financier est l'une des questions sur lesquelles l'étude de faisabilité doit apporter des réponses convaincantes. L'intervention de la Ville? Nos moyens ne sont pas énormes, et il est clair que, dans un premier temps, nous ne mettons rien! Il faut toutefois dire que le site est l'un des pôles de développement économique prioritaires du canton, et que la

commune a déjà investi dans l'équipement des terrains.

– Quelles ont été les premières réactions de la population yverdonnoise?

– Un grand point d'interrogation. C'est «On y croira quand on le verra», un peu comme pour l'Expo.01 au début. Mais je ne ressens pas de réticence profonde. L'existence de ce projet oblige à se poser des questions. On se dit: «Pourquoi pas chez nous?»