Les six cantons romands et Berne veulent rassembler leurs forces et faire promotion économique commune. On ne sait pas encore comment cette décision politique prise par les sept conseillers d'Etat concernés va être concrétisée. Le nom de travail de cette nouvelle entité, Geneva and Swiss Capital Area, montre l'ambition des Romands de faire contrepoids au Grand Zurich et à son Greater Zurich Area (GZA). Le fonctionnement de cette organisation supracantonale mi-publique, mi-privée, qui a vu le jour il y a dix ans, ne va toutefois pas sans heurts.

Le GZA a choisi de séparer le domaine opérationnel du domaine politique. Il y a ainsi une société privée qui peut agir de manière relativement indépendante, avec un conseil d'administration composé avant tout de spécialistes. Et une fondation qui détermine les grandes lignes politiques, pilotée par les conseillers d'Etat des sept cantons (ZH, GR, GL, SH, SO, SZ, AG) et des deux Villes (Zurich et Winterthour) membres. L'implantation du siège européen de Google en 2004 à Zurich reste sa plus grande fierté.

Hans Peter Wehrli, professeur d'économie à l'Université de Zurich, spécialisé dans le marketing des entreprises et président depuis la première heure du conseil d'administration, tire un bilan positif: «Le GZA fonctionne bien pour une structure fédéraliste. Nous n'attribuons jamais une entreprise à un canton. Pour que cela fonctionne, il faut des règles du jeu transparentes. Nous sommes responsables de l'acquisition à l'étranger. Si une entreprise se déclare intéressée, nous soumettons ses besoins à tous nos membres, et nous l'accompagnons dans la procédure jusqu'à ce qu'elle se soit décidée pour un site.»

Frictions inévitables

On comprend entre les lignes que, au quotidien, les frictions sont inévitables. Les cantons et les deux Villes n'ont pas renoncé à leur propre service de promotion économique, qui peut à l'occasion se sentir mis à l'écart. Sans parler des risques de double emploi. On ne peut pas demander son avis au chef de la promotion du canton de Zurich, qui assure presque la moitié des 4 millions de budget du GZA, car le poste est vacant depuis plus d'une demi-année. La porte-parole de l'Office du travail, Irene Tschopp, se veut rassurante: «Le GZA opère à l'étranger seulement. Et avec l'acquisition d'une entreprise, le travail ne fait que commencer.»

Lancée d'abord sous le nom de Zurich Network, l'organisation définit sa zone d'influence aux régions situées à une heure de l'aéroport de Kloten. Derniers arrivés, les Argoviens ne sont pas encore convaincus. En avril dernier, le parlement n'a renouvelé que de justesse un crédit de 1 million de francs pour deux ans. Walter Cadosch, chef de la promotion économique du canton d'Argovie, explique: «Si l'on regarde seulement les chiffres, le résultat est maigre. En trois ans, quatre entreprises sont venues s'établir dans le canton par l'intermédiaire du GZA, soit la création de 20 postes de travail. Les attentes étaient bien plus élevées. Peut-être trop élevées... La promotion d'une région est une entreprise de longue haleine. Nous avons par exemple décidé de soutenir la création d'une école privée en anglais à Baden. Et il ne faut pas rêver: nous n'allons jamais décrocher une grande entreprise de services ou une banque; elles veulent aller dans les centres.»

Les Argoviens critiques

Le Grand Conseil argovien aimerait voir des résultats et milite pour l'introduction d'un système de primes au rendement. «Le modèle GZA peut certainement être amélioré. Nous sommes intéressés à l'introduction d'un système de bonus. On pourrait imaginer que chaque canton verse une somme fixe, plus une prime pour chaque entreprise nouvelle.»

Zoug, courtisé dès le lancement du GZA, continue à refuser de monter sur le bateau. Il est vrai que ce paradis fiscal n'a plus besoin de publicité à l'étranger. «Notre philosophie est de soigner les entreprises qui sont déjà chez nous», déclare Bernhard Neidhart, directeur de l'Office cantonal zougois de l'économie et du travail. Qui reconnaît toutefois: «Nous faisons partie de facto du Grand Zurich. Mais pour nous, le GZA ne peut pas se limiter à de pures activités de marketing. Il doit devenir une force de frappe politique qui puisse faire avancer des projets importants pour toute la région, en matière de transports publics notamment.»

Les cantons de Suisse orientale et de Suisse centrale ne veulent pas payer pour une organisation suprarégionale et se satisfont des efforts de l'Office suisse d'expansion commerciale (OSEC), qui depuis le début de l'année a repris du Seco le mandat de la promotion économique extérieure et affiche comme ambition de «donner une image forte et homogène de la Suisse à l'étranger.» Réunis le 19juin dernier à Berne, les cantons, après des discussions ardues de presque deux ans, se sont mis d'accord sur un mode de collaboration avec l'OSEC et sur neuf marchés jugés prioritaires.