«Comme pour la coopération politique, nous sommes tentés par des alliances à géométrie variable en matière de promotion économique.» Le ministre jurassien de l'Economie, Jean-François Roth, est tiraillé entre trois options pour sa promotion économique: conserver sa petite structure indépendante, forte de vingt ans d'expérience de démarchage dans le nord-ouest de l'Europe et qui obtient des résultats «honorables», faire promotion commune avec Bâle (Le Temps du 21 mars) ou s'allier au réseau mondial du DEWS (Développement économique Western Switzerland), qui associe Vaud, Neuchâtel et le Valais dès le mois d'avril.

«Le Jura se trouve à un carrefour, entre les pôles rhénan et lémanique», reprend le ministre. Ajoutant, pêle-mêle, pour montrer que sa décision stratégique est «délicate»: «La dimension financière jouera un rôle important; le Jura relève de la structure économique de l'Arc jurassien, alors que son destin l'oriente vers Bâle; les stratégies de promotion économique bâloise et du DEWS sont différentes, Bâle fait le marketing de sa place économique, tandis que le DEWS effectue du démarchage direct à l'étranger, ce que le Jura doit faire également. Le gouvernement jurassien tranchera à l'été et défendra son choix dans le nouveau programme de développement économique.

Jean-François Roth doit également intégrer à sa réflexion stratégique le programme «Pays ouvert», qui consiste à accroître l'attractivité du Jura et faire passer sa population de 69 000 à 80 000 habitants en vingt ans. Pour y parvenir, le canton doit dépasser les résultats actuels de la promotion économique, dont l'action crée en moyenne 200 emplois par an, «ce qui suffit à maintenir la population active à son niveau, mais pas à l'augmenter, note le ministre. Pays ouvert exige une augmentation de l'emploi d'au moins 280 postes par an. «A moins d'un net renforcement des moyens du développement économique (2 millions au total actuellement, pour l'exogène et l'endogène), le Jura n'aura d'autre choix que de conclure une alliance, de préférence avec la région bâloise où il s'ancre de plus en plus, par exemple par le biais du projet BioValley. «Le but de cette initiative lancée en 1996 consiste à promouvoir une plus grande coopération entre les entreprises actives dans la biotechnologie et le biomédical, précise Martin Aebi, délégué jurassien à la promotion exogène. BioValley regroupe aujourd'hui déjà 500 partenaires, privés et publics, qui entendent faire de la région trinationale entourant Bâle le pôle biotech le plus attractif d'Europe.»

Malgré la morosité économique ambiante, qui affecte d'autant plus le Jura que son industrie est aux deux tiers exportatrice, la promotion jurassienne dresse un bilan 2002 «respectable», selon Jean-François Roth. «Quarante entreprises ont bénéficié du soutien cantonal pour s'installer ou s'agrandir, générant 184 nouveaux emplois et en maintenant 190 autres. La promotion exogène a contribué à implanter dix entreprises étrangères, six provenant de France, deux d'Allemagne et deux du Benelux. Elles ont déjà créé 61 emplois.»

Piliers tourmentés

«Pour les quarante projets soutenus, les perspectives sont favorables, avec un potentiel de création de plus de 400 places de travail ces trois prochaines années», souligne le ministre. Qui évite toutefois l'euphorie, rappelant que «plusieurs piliers, comme Von Roll ou Tornos, connaissent des turbulences. 2003 sera difficile pour la plupart des PME jurassiennes. Pour elles, le mot d'ordre est «tenir». Avec la participation souhaitée des banques.»