Le conseiller national Philipp Müller (AG), président du groupe «Migration» du PLR, est à l’origine du document «Pour un contrôle pragmatique de l’immigration en adéquation avec les besoins de la Suisse», qui sera discuté ce samedi en assemblée des délégués à Zurich. Avec ses propositions, avalisées par le comité directeur du parti, il a provoqué une fronde interne. Un comité a publié un manifeste sur Internet. Il appelle notamment à «corriger la ligne suivie et donner un accent plus digne aux propositions du PLR». Le sénateur Dick Marty en fait partie, tout comme le conseiller national Claude Ruey, l’ancien chancelier de la Confédération François Couchepin, ou le conseiller administratif genevois Pierre Maudet. Philipp Müller, père de l’initiative qui voulait limiter le taux des étrangers en Suisse à 18% (que son parti n’a pas soutenu), réagit.

Le Temps: Le comité présent sur www.liberopenmind.ch juge vos propositions contraires à l’esprit libéral et tactiquement contre-productives. Votre réaction?

Philipp Müller: Le PLR veut rester un parti populaire. Cela implique que nous acceptions d’évoquer tous les thèmes qui préoccupent les gens et que nous proposions des solutions. Les questions de migration sont au sein même de notre parti une grande préoccupation pour beaucoup d’entre nous; nous les prenons au sérieux. Les thèses de notre document respectent les droits de l’homme. Dans notre première revendication, nous rappelons par exemple que «les réfugiés doivent être accueillis selon la Convention européenne des droits de l’homme, indépendamment des intérêts nationaux».

– Cette fronde n’est-elle pas gênante en pleine année électorale?

– Non, une discussion interne sur ce thème, qui fait réagir les Suisses, est salutaire et l’expression d’un processus démocratique. Les libéraux-radicaux peuvent se disputer sur un thème: la décision sur la ligne à suivre sera ensuite prise lors de l’assemblée des délégués du 12 février.

– Vous voulez notamment limiter le droit au regroupement familial pour les réfugiés reconnus. Un réfugié doit-il donc choisir entre la persécution et sa famille?

– Il ne s’agit pas du tout de limiter le regroupement familial pour les réfugiés reconnus. Il s’agit de faire en sorte que des membres de la famille de quelqu’un qui reçoit le statut de réfugié n’obtiennent pas ce même statut s’ils n’ont pas de motifs de persécution à faire valoir. Prenons l’exemple d’un Somalien reconnu comme réfugié qui épouse une Dominicaine avec trois enfants. Le Somalien peut faire venir sa famille en Suisse selon les règles appliquées à tout étranger venant d’un pays tiers. Mais comme la femme vient d’un pays où ne sévit pas de situation de persécution, elle et ses enfants ne reçoivent pas le statut de réfugié, mais un permis de séjour annuel ou d’établissement. Voilà ce à quoi je veux arriver. Le statut de réfugié ne permet pas, même en cas de faute de comportement grave, de retirer le permis de séjour. Cela n’incite pas à une bonne intégration. Mais si les membres de famille d’un réfugié ont aussi des motifs de fuite à mettre en avant, ils pourront bénéficier d’une procédure d’asile et obtenir le statut de réfugié.

– Avec ce document, le PLR se rapproche des thèses de l’UDC. Qu’est-ce qui différencie encore vos deux partis en matière d’immigration et d’asile? Ne faites-vous que du «suivisme»?

– Insensé! Nous prônons depuis 2004 déjà une nouvelle politique migratoire, plus dure. Nous rejetons catégoriquement les propositions de l’UDC de faire venir plus de main-d’œuvre non qualifiée pour l’agriculture. Idem avec les Accord bilatéraux: le PLR veut maintenir la libre circulation et prône de ce fait une application conséquente. Car les abus peuvent inciter la population à s’ériger contre cet accord. C’est le but de l’UDC avec ses attaques régulières contre les accord bilatéraux et nous luttons contre cela.

– «L’étranger est une nuisance sauf quand il nous est utile économiquement»: selon certains libéraux-radicaux, gênés par le document, c’est le sentiment général qui ressort de vos propositions. L’assumez-vous?

– Chaque Etat souverain a pour droit et devoir de chercher à tirer profit de l’immigration dans son propre intérêt, dans le cadre du droit international public. C’est exactement ce que nous faisons avec notre document sur l’immigration: on ne touche pas à la Convention européenne des droits de l’homme, ni à la libre circulation des personnes, mais plaçons les intérêts de la Suisse au centre de nos préoccupations.