« La désignation de M. Jean-Pascal Delamuraz comme candidat du Parti radical pour le second tour de l’élection partielle au Conseil d’Etat a inspiré le commentaire suivant à l’un de nos lecteurs:

L’annonce faite par le Parti radical de proposer le syndic de Lausanne et conseiller national […] a étonné sans surprendre. On pouvait en effet s’attendre à un coup fumant des radicaux vaudois. Ils ne manquent pas de moyens, en hommes notamment, pour cela. L’étonnement vient toutefois de ce que l’on aurait pu s’attendre à un coup plus musclé, démontrant une plus grande force de caractère. Or la candidature Delamuraz – et il ne s’agit pas ici de reprocher quoi que ce soit au nouveau candidat, dont les capacités sont incontestables et incontestées – apparaît comme un acte de panique du Parti radical.

Un acte qui ressemble au geste d’une personne en train de se noyer agrippant une poutre. En l’espèce, la poutre est le troisième siège radical au Conseil d’Etat.

Les radicaux ont déclaré ne pas vouloir de l’entente avec les libéraux au motif principal qu’ils estimaient le deuxième siège socialiste légitime et entendaient ne pas s’y opposer de ce fait. Or il s’agit là assurément d’une excuse. En réalité, si les radicaux entendaient ne pas contester le siège socialiste, ce n’est pas tant qu’ils le jugeaient légitime, mais qu’ils voyaient un bien plus grand danger au cas où ce siège serait perdu: l’élection du Conseil d’Etat à la proportionnelle qu’il est plus que vraisemblable que les socialistes n’auraient alors pas manqué de demander par voie d’initiative législative. Et, dans les circonstances actuelles, un Conseil d’Etat élu à la proportionnelle, cela signifie trois sièges socialistes et deux sièges radicaux, répartition qui serait sans doute durable.

C’est cette vue à long terme qui a sans doute amené les radicaux à refuser l’entente vaudoise et à flirter de fait avec les socialistes – au point de prendre le risque de leur céder la syndicature de la capitale vaudoise. Cette politique n’est guère courageuse. Toute radicale, elle admet les faits et s’y soumet au lieu de faire face et d’influencer le courant dans le sens choisi. Si cet état de choses demeure, la gauche agissante n’aura plus qu’à cueillir les fruits qu’elle aura pu obtenir en bonne partie grâce à cet abandonnisme. C’est précisément ce contre quoi les libéraux luttent en déclarant qu’il ne faut pas rester les bras croisés.

A ce niveau, il est souhaitable que l’électeur, et en particulier celui qui ne va pas voter, réagisse. A force de céder ou de laisser faire, on accepte l’inacceptable. Il serait bien préférable que les radicaux choisissent une direction politique plutôt que de s’asseoir mollement sur une majorité qui s’effrite. […] »