La référence faite à Strasbourg par le pape à la Cour européenne des droits de l’homme prend une signification politique non négligeable en Suisse, une semaine après que le ministre de la Défense, Ueli Maurer, a proposé au Conseil fédéral de dénoncer la convention des droits de l’homme. La proposition du conseiller fédéral UDC avait d’autant plus choqué que la résiliation du traité aurait signifié la mise à l’écart de la Suisse du Conseil de l’Europe, institution à laquelle elle appartient depuis 40 ans. Or, le 9 février, les Chambres fédérales recevront le président de la Cour européenne des droits de l’homme pour célébrer cet anniversaire.

«Le rappel du pape aux valeurs fondamentales de l’Europe, qui sont aussi celles de la Suisse et figurent au cœur de la Constitution fédérale, doit faire réfléchir ceux qui songent à dénoncer la convention européenne des droits de l’homme», a réagi Christoph Darbellay. Interrogé sur le maintien du conseiller fédéral Ueli Maurer au gouvernement après sa provocation, le président du PDC a été prudent. «J’attends qu’il s’explique sur sa proposition, manifestement incompatible avec les valeurs que l’ensemble du Conseil fédéral défend», a-t-il déclaré.

Pour la conseillère nationale Kathy Riklin (PDC/ZH), présidente de la délégation pour les relations avec le parlement européen, «les propos du pape sur les valeurs fondamentales de l’Europe sont un rappel bienvenu en Suisse en ce moment». Selon elle, le discours de François au Conseil de l’Europe renvoie l’UDC en dehors de la communauté basée sur les droits fondamentaux, «ils la déclassent». «L’UDC déraille», a-t-elle conclu.

Autre son de cloche à l’UDC, où l’on s’en prend surtout à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme. «J’espère que les juges de Strasbourg entendront le pape. Car ce sont eux, par l’extension continuelle des droits individuels au détriment de la collectivité et de la souveraineté des peuples, qui détruisent la convention européenne des droits de l’homme», a réagi le conseiller national Luzi Stamm, spécialiste des relations avec l’UE et proche de Christoph Blocher.

Pour l’heure, ni les Affaires étrangères ni la ministre de la Justice Simonetta Sommaruga n’ont souhaité réagir aux propos du pape. Traditionnellement, le Conseil fédéral fait comme si le débat sur la dénonciation de la convention des droits de l’homme n’avait pas eu lieu. Alors que plusieurs proches des conseillers fédéraux confirment qu’Ueli Maurer a reçu un accueil très froid et une forte désapprobation de la part de ses collègues.