Juke-Box Heroes ou Rock et belles oreilles… Dans les années 80 et 90, le personnage faisait grand bruit à la Télévision suisse romande, ­puisqu’il y a présenté plusieurs émissions à dominante musicale, destinées au public adolescent. Mais voilà, Patrick Allenbach, 67 ans, a dit mercredi en sortant du tribunal de Bourg-en-Bresse, qui l’a jugé à huis clos et condamné à 3 ans de prison avec sursis, ainsi qu’à un total de 20 000 euros de dommages et intérêts pour ses victimes: «Je pense que je devais être condamné.» D’ailleurs, il a déjà entamé des soins depuis 2010, que le tribunal lui a aussi prescrits.

Il y a deux ans, Le Dauphiné libéré avait écrit que l’animateur se retrouvait «rattrapé par son passé». Et que si «les sombres histoires» qui l’accablaient se confirmaient, il aurait «fort à faire pour s’expliquer». «Pour qui sait lire ­entre les lignes de l’appareil judiciaire, une telle mise en examen doit probablement s’appuyer sur des éléments sérieux et concrets.» Voilà qui est donc fait, et, dans trois ans, Patrick Allenbach aura payé sa dette envers la société.

«Circonstance aggravante»

Le jugement semble clément. Selon 20 minutes, l’ancien présentateur vedette encourait en effet 10 ans de prison pour trois «agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans par une personne abusant de l’autorité que lui confèrent ses fonctions», ce qui constitue «une circonstance aggravante» selon la procureure interrogée par le 19:30 de RTS Info. Deux autres cas ont été atteints par la prescription. C’est grave, et tout laisse penser qu’il en était devenu très conscient. «Je suis consterné du mal que je leur ai fait», a-t-il ajouté, le regard perdu, abattu par la honte et les démons qui l’ont habité par le passé.

Quels démons exactement? La presse parle d’attouchements et de fellations. Jamais de viol. Citant l’AFP, Le Nouvel Observateur explique qu’«il s’était notamment lié d’amitié avec une famille composée de quatre frères âgés de moins de 15 ans, à qui il confiait de petits «jobs» ou des petits rôles dans les clips qu’il tournait. Les frères et d’autres adolescents recevaient des cadeaux, étaient invités à des dîners. De nombreux adolescents fréquentaient son domicile, décrit comme une «caverne d’Ali Baba pour adolescents». La justice française avait entamé une enquête début 2010 après avoir reçu une alerte de la Suisse, suite à l’enregistrement par la police du canton de Genève de plaintes.»

Cette délicate affaire, dans son ampleur, est évidemment sans commune mesure avec celle qui secoue la BBC, à laquelle on a pu être tenté de la comparer. Injustement, puisque, dans ce dernier cas, on a parlé de l’agression d’environ 300 enfants et adolescents pendant quatre décennies. On s’en convaincra sans doute en lisant un récent article de L’Illustré, qui titrait alors sur le procès du type «le plus cool de la TSR». Mais «en enquêtant sur cette affaire, confie le journaliste du magazine romand, la phrase que nous avons le plus entendue est: «Tout le monde savait.» Souvent suivie de: «Mais vous ne me citez pas.»

Peu de gens acceptent en effet «de parler à visage découvert. Peur d’être mêlés à cette histoire, sentiment de n’être pas tout à fait, sinon crédibles, du moins audibles, puisque eux aussi faisaient partie de ce «tout le monde» qui savait. Les seuls qui s’affichent clairement le font pour défendre Patrick Allenbach. Le fait est suffisamment rare pour être souligné. Dans son village […], l’ex-animateur est surtout connu comme conseiller communal, 5e adjoint au maire, chargé de la communication et des relations avec les associations. «Il est un peu en retrait officiellement mais continue de faire le boulot, affirme le maire. […] Le Conseil municipal lui a demandé de ne pas démissionner, comme il comptait le faire.»

Un des fils du maire, qui était un habitué du domicile d’Allenbach au milieu des années 80, a d’ailleurs aussi donné son témoignage à L’Illustré: «J’ai beau fouiller dans ma mémoire, je ne trouve rien de suspect ni de déplacé. Quand on y allait, on se sentait à l’aise. Il avait un juke-box, une grande télé, les premiers jeux vidéo. Il était un peu geek avant l’heure.» […] Un autre ancien coutumier de cette fameuse maison, musicien, n’a pas été surpris. «Cela faisait longtemps qu’il jouait avec le feu. Pour moi, il était clair qu’il était attiré par les jeunes garçons. Mais il ne faut pas l’accuser de ce qu’il n’a pas fait. A mon avis, ça restait du touche-pipi.»

Un certain courage

Après le jugement, la Tribune de Genève et 24 heures précisent qu’il «conserve ses droits civiques et pourra donc continuer d’exercer ses fonctions d’adjoint au maire dans sa commune» en racontant cette audience où les victimes étaient «murées dans le silence». Et Le Matin d’indiquer que les «comportements indélicats» ou les «actes de tendresse excessive» à l’égard des victimes font que «le Franco-Suisse ne se considère «pas du tout comme un pédophile» mais comme une personne «à la sexualité réfrénée» aimant l’esthétique des ados en cette période de changement des corps et des visages». Au moins, il a le courage de le dire.

La revue de presse